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Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 1 / 7)

Note 14 — LIVRE PREMIER LE LENDEMAIN D'UNE RÉVOLUTION (juillet 1830—13 mars 1831)

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À mesure qu'on s'éloigne du Palais-Royal pour pénétrer dans les quartiers populaires, les physionomies deviennent plus renfrognées, les cris plus équivoques, ou même ouvertement hostiles. Au lieu de: «Vivent nos députés! Vive le duc d'Orléans!» on entend: «Plus de Bourbons!» Vainement le prince, qui conserve son sang-froid, redouble de coquetteries et multiplie ses poignées de main, à chaque pas l'aspect s'assombrit davantage. Grande angoisse dans le cortége, où l'on n'ignore pas que des projets d'assassinat ont été agités par certains fanatiques[14]. Aussi l'un des acteurs, qui avait le plus poussé à la démarche, M. Bérard, a-t-il écrit plus tard: «Le cœur ne cessa de me battre qu'à notre entrée dans l'Hôtel de ville.» Encore, tout n'est pas alors fini. Le palais municipal déborde: figures plus sinistres que dans la rue. «Messieurs,—dit en entrant le prince pour se faire bien venir,—c'est un ancien garde national qui fait visite à son ancien général.» Les rares vivat sont aussitôt brutalement étouffés par des murmures ou par les cris de: «Vive La Fayette! Plus de Bourbons!» Pressé d'une façon parfois menaçante, le duc d'Orléans pâle, mais toujours maître de soi, avance, résolu à pousser l'aventure jusqu'au bout. Arrivé dans la grande salle, les quelques mots qu'il prononce et la déclaration des députés sont accueillis par un silence glacial: beaucoup de visages portent l'empreinte d'une rage concentrée. On ne sait comment le drame va tourner, quand le duc d'Orléans et La Fayette saisissent un drapeau tricolore, se donnent le bras et se dirigent vivement vers une des fenêtres[15]. À la vue du prince et du général qui s'embrassent, à demi enveloppés dans les plis du drapeau, la foule, toujours mobile, pousse des acclamations unanimes: «Vive La Fayette! Vive le duc d'Orléans!» Il n'en fallait pas plus: du coup, la partie, naguère incertaine, est gagnée, et le retour au Palais-Royal est un triomphe.

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