Note (retour) — LIVRE II
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Notre cerveau, tout phosphorescent de lumière astrale, est plein de reflets et de figures sans nombre. Quand nous fermons les yeux, il nous semble souvent qu'un panorama tantôt brillant, tantôt sombre et terrible, se déroule sous notre paupière. Un malade atteint de la fièvre ferme à peine les yeux pendant la nuit, qu'il est ébloui souvent par une insupportable clarté. Notre système nerveux, qui est un appareil électrique complet, concentre la lumière dans le cerveau, qui est le pôle négatif de l'appareil, ou la projette par les extrémités qui sont les pointes destinées à remettre en circulation notre fluide vital. Quand le cerveau attire violemment une série d'images analogues à une passion qui a rompu l'équilibre de la machine, l'échange de lumière ne se fait plus, la respiration astrale s'arrête et la lumière dévoyée se coagule en quelque sorte dans le cerveau. Aussi les hallucinés ont-ils les sensations les plus fausses et les plus perverses. Il en est qui trouvent de la jouissance à se découper la peau en lanières et à s'écorcher lentement, d'autres mangent et savourent les substances les moins faites pour servir de nourriture. M. le docteur Brierre de Boismont, dans son savant Traité des hallucinations 8, a rassemblé plusieurs séries d'observations excessivement curieuses; tous les excès de la vie, soit en bien mal compris, soit en mal non combattu, peuvent exalter le cerveau et y produire des stagnations de lumière. L'ambition excessive, les prétentions orgueilleuses à la sainteté, une continence pleine de scrupules et de désirs, des passions honteuses satisfaites malgré les avertissements réitérés du remords: tout cela conduit à l'évanouissement de la raison, à l'extase morbide, à l'hystérie, aux visions, à la folie. Un homme n'est pas fou, remarque le savant docteur, parce qu'il a des visions, mais parce qu'il croit plus à ses visions qu'au sens commun. C'est donc l'obéissance et l'autorité seules qui peuvent sauver les mystiques; s'ils ont en eux-mêmes une confiance obstinée, il n'y a plus de remède, ils sont déjà les excommuniés de la raison et de la foi: ce sont les aliénés de la charité universelle. Ils se croient plus sages que la société; ils croient former une religion, et ils sont seuls; ils pensent avoir dérobé pour leur usage personnel les clefs secrètes de la vie, et leur intelligence est déjà tombée dans la mort.