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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5)

Note 196 — LIVRE V. LES CONTEMPORAINS. (continued 4)

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La Princesse est une féerie sentimentale comme celles de Shakspeare. Tennyson cette fois a pensé et senti en jeune chevalier de la Renaissance. Le propre de ce genre d'esprit est une surabondance et comme un regorgement de séve. Il y a chez les personnages de la Princesse, comme chez ceux d'As you like it, un trop plein d'imagination et d'émotions. Ils fouillent, pour exprimer leur pensée, dans tous les siècles et dans tous les pays; ils emportent le discours jusqu'aux témérités les plus abandonnées; ils enveloppent et chargent toute idée d'une image éclatante qui traîne et luit autour d'elle comme une robe de brocart constellée de pierreries. Leur nature est trop riche; à chaque secousse, il se fait en eux comme un ruissellement de joie, de colère ou de désirs; ils vivent plus que nous, plus chaudement et plus vite. Ils sont excessifs, raffinés, prompts aux larmes, au rire, à l'adoration, à la plaisanterie, enclins à mêler l'une à l'autre, précipités par une verve nerveuse à travers les contrastes et jusqu'aux extrêmes. Ils fourragent dans la prairie poétique, avec des caprices et des joies impétueuses et changeantes. Pour contenter la subtilité et la surabondance de leur invention, ils ont besoin de féeries et de mascarades. En effet, la Princesse est une féerie et une mascarade. La belle Ida, fille du roi de Gama, qui est un monarque du Sud (ces contrées ne sont pas sur la carte), a été fiancée toute enfant à un beau prince du Nord. L'âge venu, on la réclame. Elle, fière et toute nourrie de doctes raisonnements, s'est irritée de la domination des hommes, et pour affranchir les femmes, a fondé sur la frontière une Université qui relèvera son sexe et sera la colonie d'où sortira l'égalité future. Le prince part avec Cyril et Florian, deux amis, obtient permission du bon vieux Gama, et, déguisé en fille, entre dans l'enceinte virginale, où nul ne peut pénétrer sous peine de mort. Il y a une grâce charmante et moqueuse dans cette peinture d'une Université de filles. Le poëte joue avec la beauté; nul badinage n'est plus romanesque ni plus tendre. On sourit d'entendre les gros mots savants échappés de ces lèvres roses. «Les voilà le long des bancs comme des colombes au matin sur le chaume du toit, quand le soleil tombe sur leurs blanches poitrines;» elles écoutent des tirades d'histoire et des promesses de rénovation sociale, en robes de soie lilas, avec des ceintures d'or, «splendides comme des papillons qui viennent d'éclore;» parmi elles une enfant, Mélissa, «une blonde rose, pareille à un narcisse d'avril, les lèvres entr'ouvertes,—et toutes ses pensées visibles au fond de ses beaux yeux,—comme les agates du sable qui semblent ondoyer et flotter au matin,—dans les courants de cristal de la mer transparente[196].»—Et croyez que l'endroit aide à la magie. Ce vilain mot de collége et de Faculté ne rappelle chez nous que des bâtiments étriqués et sales, qu'on prendrait pour des casernes où des hôtels garnis. Ici, comme dans une Université anglaise, les fleurs montent le long des portiques, les vignes entourent les pieds des statues, les roses jonchent les allées de leurs pétales; des touffes de laurier croissent autour des porches, les cours dressent leur architecture de marbre, bosselées de frises sculptées, parsemées d'urnes d'où pend la chevelure verte des plantes. Au milieu ondoie une fontaine, et «les Muses et les Grâces, trois par trois, l'entourent de leurs groupes.» Après la leçon, les unes, dans l'herbe haute des prairies, caressent des paons apprivoisés; d'autres, «appuyées sur une balustrade,—au-dessus de la campagne empourprée, respirent la brise,—qui, gorgée par les senteurs des innombrables roses,—vient battre leurs paupières de son parfum[197].» On reconnaît à chaque geste, à chaque attitude, des jeunes filles anglaises; c'est leur éclat, leur fraîcheur, leur innocence. Et çà et là aussi on aperçoit la profonde expression de leurs grands yeux rêveurs. «Des larmes, chante l'une d'elles, de vaines larmes, je ne sais pas ce qu'elles veulent dire.—Des larmes sorties de la profondeur de quelque divin désespoir—s'élèvent dans le cœur et se rassemblent dans les yeux—lorsqu'on regarde les heureux champs de l'automne—et qu'on pense aux jours qui ne sont plus[198].»—Voilà la volupté exquise et étrange, la rêverie pleine de délices et aussi d'angoisses, le frémissement de passion délicate et mélancolique que vous avez déjà trouvés dans Winter's Tale ou dans la Nuit des Rois.

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