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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5)

Note 204 — LIVRE V. LES CONTEMPORAINS. (continued 4)

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Mais entre toutes les épopées, ce qui distingue celle de la Table-Ronde, c'est la pureté. Arthur, «le roi irréprochable,» a assemblé «cette glorieuse compagnie, la fleur des hommes, pour servir de modèle au vaste monde, et pour être le beau commencement d'un âge. Il leur a fait mettre leurs mains dans les siennes, jurer de respecter leur roi comme s'il était leur conscience, et leur conscience comme si elle était leur roi; de ne point dire de calomnie et de n'en point écouter; de passer leur douce vie dans la plus pure chasteté; de n'aimer qu'une jeune fille, de s'attacher à elle; de lui offrir pour culte des années de nobles actions.» Il y a une sorte de plaisir raffiné à manier un pareil monde; car il n'y en a point où puissent naître de plus pures et de plus touchantes fleurs. Je n'en montrerai qu'une, Elaine, «le lis d'Astolat,» qui, ayant vu Lancelot une seule fois, l'aime à présent qu'il est parti, et pour toute sa vie. Elle garde dans la tourelle le bouclier qu'il a laissé, et tous les jours elle y monte pour le contempler, comptant les marques des coups de lance et vivant de ses rêves. Il est blessé, elle va le soigner et le guérit. Et cependant elle murmurait: «En vain; en vain; cela ne peut pas être. Il ne m'aimera pas. Quoi donc, faut-il que je meure?»—«Puis, comme un pauvre petit oiseau innocent—qui n'a qu'un simple chant de quelques notes,—répète son simple chant et le répète toujours, pendant toute une matinée d'avril, jusqu'à ce que l'oreille—se lasse de l'entendre, ainsi l'innocente enfant—allait la moitié de la nuit répétant: «Faut-il que je meure[204]?» Elle se déclare enfin, avec quelle pudeur et de quel élan! Mais il ne peut l'épouser, il est lié à une autre. Elle languit et s'affaisse; on veut la consoler, elle ne le veut pas; on lui dit que Lancelot est coupable avec la reine; elle ne le croit pas. Elle dit à ses frères: «Chers frères, vous aviez coutume, quand j'étais une petite fille, de me prendre avec vous dans le bateau du batelier, et de remonter avec la marée la grande rivière. Seulement vous ne vouliez pas passer au delà du cap où est le peuplier. Et je pleurais parce que vous ne vouliez pas aller au delà, et remonter bien loin la rivière luisante, jusqu'à ce que nous eussions trouvé le palais du roi. À présent, j'irai[205].» Elle meurt, et, selon sa dernière prière, ils l'emportent «comme une ombre à travers les champs qui brillent dans leur pleine fleur d'été,» et la posent sur la barque toute tendue de velours noir. La barque remonte poussée par la marée, «et la morte avec elle, dans sa main droite un lis, dans sa main gauche—une lettre qu'elle avait dictée, toute sa chevelure blonde ruisselant autour d'elle.—Et tout le linceul était de drap d'or—ramené jusqu'à la ceinture; elle-même tout en blanc,—excepté son visage, et ce visage aux traits si purs—était aimable, car elle ne semblait point morte,—mais profondement endormie, et reposait en souriant[206].» Elle arrive ainsi dans un grand silence, et le roi Arthur lit la lettre devant tous les chevaliers et toutes les dames qui pleurent: «Très-noble seigneur, sir Lancelot du Lac,—moi qu'on appelait quelquefois la vierge d'Astolat,—je viens ici, car vous m'avez quittée sans prendre congé de moi;—je viens ici afin de prendre pour la dernière fois congé de vous.—Je vous aimais, et mon amour n'a point eu de retour.—C'est pourquoi mon fidèle amour a été ma mort.—C'est pourquoi, devant notre dame Ginèvre—et devant toutes les autres dames, je fais ma plainte.—Priez pour mon âme et accordez-moi la sépulture.—Prie pour mon âme, toi aussi, sir Lancelot,—car tu es un chevalier sans égal[207].» Rien de plus; elle finit sur ce dernier mot, plein d'un regret si triste et d'une admiration si tendre: on aurait peine à trouver quelque chose de plus simple et de plus délicat.

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