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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 218 — LIVRE IV. L'ÂGE MODERNE.

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Burns écrit ici son chef-d'œuvre, les Gueux[218], pareil à celui de Béranger, mais combien plus pittoresque, plus varié et plus puissant! C'est à la fin de l'automne, les feuilles grises roulent dans les rafales du vent; une joyeuse troupe de vagabonds, bons diables, viennent faire ripaille au cabaret de Poosie Nansie. «Ils trinquent et rient, ils chantent et se démènent, ils cognent et sautent, tant que les tourtières résonnent[219].» Le premier, auprès du feu, en vieux haillons rouges, est un soldat avec sa commère: la gaillarde a bien bu; il l'embrasse et lui tend encore sa bouche goulue; les gros baisers font clic-clac comme un fouet de charretier, et chancelant sur sa béquille, d'un air crâne, il entonne à pleins poumons sa chanson: «J'étais avec Curtis aux batteries flottantes,—et j'y ai laissé en témoignage un bras et une jambe.—Pourtant, que mon pays ait besoin de moi, et me donne Elliot pour commandant,—on entendra ma jambe de bois se démener au son du tambour[220].» Le chœur reprend et les voix ronflent: les rats effrayés se sauvent au plus profond de leurs trous. C'est à présent le tour de la commère: «J'étais fille autrefois, quoique je ne puisse dire quand.—Encore maintenant mon plaisir est dans les beaux jeunes hommes[221].» Son père fut un dragon, elle ne sait pas trop lequel: c'est pourquoi tous ses galants ont porté l'uniforme, d'abord le tambour, puis le chapelain. «Bien vite je me dégoûtai de mon révérend imbécile.—Pour mari, je pris le régiment en gros.—De l'esponton doré au fifre j'étais toujours prête.—Je ne demandais qu'un bon soldat gaillard.» Depuis, la paix l'a mise à l'aumône; mais à la foire de Cunningham elle a retrouvé son brave drôle; l'uniforme en lambeaux pendillait si splendidement autour de ses côtes! Elle l'a repris, et «tant que des deux mains elle pourra tenir son verre ferme, elle boira à la santé de son vieux héros.» J'espère que voilà du style franc, et que le poëte n'est pas petite bouche. Ses autres personnages sont du même goût, un paillasse, une luronne coupeuse de bourses, un pauvre nain racleur de boyau, un chaudronnier ambulant, tous déguenillés, braillards et bohèmes, qui s'empoignent, se rossent, s'embrassent et font trembler les vitres des éclats de leur belle humeur. «Ils vident leurs havre-sacs, ils engagent leurs guenilles.—Ils gardent tout juste de quoi couvrir leur derrière,» et leur chœur monte comme un tonnerre ébranlant les solives et les murs:

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