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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 358 — LIVRE IV. L'ÂGE MODERNE.

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Tout y était nouveau, forme et fond; c'est qu'il était entré dans un nouveau monde; l'Anglais, homme du Nord transplanté parmi les mœurs du Midi et dans la vie italienne, s'était imbibé d'une nouvelle séve qui lui faisait porter de nouveaux fruits. On lui avait fait lire[358] les satires très-lestes de Buratti, et même les sonnets plus que voluptueux de Baffo. Il vivait dans l'heureuse société de Venise, encore exempte de colères politiques, où le souci paraissait une sottise, où l'on traitait la vie comme un carnaval, où le plaisir courait les rues, non pas timide et hypocrite, mais déshabillé et approuvé. Il s'y était amusé fougueusement d'abord, plus qu'assez et même plus que trop, presque jusqu'à s'y détruire; puis après des galanteries vulgaires, ayant rencontré un amour véritable, il était devenu cavalier servant, à la mode du pays, du consentement de la famille, offrant le bras, portant le châle, un peu maladroitement d'abord et avec étonnement, mais en somme plus heureux qu'il n'avait jamais été, et caressé comme par un souffle tiède de volupté et d'abandon. Il y avait vu le renversement de toute la morale anglaise, l'infidélité conjugale érigée en règle, et la fidélité amoureuse érigée en devoir. «Impossible, écrivait-il, de convaincre une femme ici qu'elle manque le moins du monde au devoir et aux convenances en prenant un amoroso.... L'amour (le sentiment de l'amour) non-seulement excuse la chose, mais en fait une vertu positive[359], pourvu qu'il soit désintéressé et pas un caprice, et qu'il se borne à une seule personne.» Un peu plus tard, il traduisait le Morgante Maggiore de Pulci pour montrer «ce qui était permis aux ecclésiastiques en matière de religion dans un pays catholique et dans un âge bigot,» et pour imposer silence «aux arlequins d'Angleterre qui l'accusaient d'attaquer la liturgie.» Il jouissait de cette liberté et de cette aise, et comptait bien ne jamais retomber sous l'inquisition pédantesque qui dans son pays l'avait condamné et damné sans rémission. Il écrivait son Beppo en improvisateur, avec un laisser-aller charmant, avec une belle humeur ondoyante, fantasque, et y opposait l'insouciance et le bonheur de l'Italie aux préoccupations et à la laideur de l'Angleterre. «J'aime à voir le soleil se coucher, sûr qu'il se lèvera demain,—non pas débile et clignotant dans le brouillard,—comme l'œil mort d'un ivrogne qui geint,—mais avec tout le ciel pour lui seul, sans que le jour soit forcé d'emprunter—sa lumière à ces lampions d'un sou qui se mettent à trembloter—quand Londres l'enfumée fait bouilloter son chaudron trouble[360].»—«J'aime leur langue, ce doux latin bâtard—qui se fond comme des baisers sur une bouche de femme,—qui glisse comme si on devait l'écrire sur du satin—avec des syllabes qui respirent la douceur du Midi,—avec des voyelles caressantes qui coulent et se fondent si bien ensemble,—que pas un seul accent n'y semble rude,—comme nos âpres gutturales du Nord, aigres et grognantes,—que nous sommes obligés de cracher avec des sifflements et des hoquets[361].»—«J'aime aussi les femmes (pardonnez ma folie),—depuis la riche joue de la paysanne d'un rouge bronzé—et ses grands yeux noirs avec leur volée d'éclairs—qui vous disent mille choses en une fois,—jusqu'au front de la noble dame, plus mélancolique,—mais calme, avec un regard limpide et puissant,—son cœur sur les lèvres, son âme dans les yeux,—douce comme son climat, rayonnante comme son ciel[362].» Avec d'autres mœurs, il y avait là une autre morale; il y en a une pour chaque siècle, chaque race et chaque ciel; j'entends par là que le modèle idéal varie avec les circonstances qui le façonnent. En Angleterre, la dureté du climat, l'énergie militante de la race et la liberté des institutions prescrivent la vie active, les mœurs sévères, la religion puritaine, le mariage correct, le sentiment du devoir et l'empire de soi. En Italie, la beauté du climat, le sens inné du beau et le despotisme du gouvernement suggéraient la vie oisive, les mœurs relâchées, la religion imaginative, le culte des arts et la recherche du bonheur. Chacun des deux modèles a sa beauté et ses taches, l'artiste épicurien comme le politique moraliste[363]; chacun des deux montre par ses grandeurs les petitesses de l'autre, et, pour mettre en relief les travers du second, lord Byron n'avait qu'à mettre en relief les séductions du premier.

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