← Table of contents
Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 322 — LIVRE IV. L'ÂGE MODERNE.

Reading edition

Ainsi perça Childe Harold. Du premier coup, chacun fut troublé. C'était plus qu'un auteur qui parlait, c'était un homme. En dépit de ses désaveux, on sentait bien que l'auteur ne faisait qu'un avec le personnage; il se calomniait, mais il s'imitait. On le reconnaissait dans ce jeune noble voluptueux et dégoûté, prêt à pleurer au milieu de ses orgies, qui «seul errait perdu en de mornes rêveries, et, gorgé de plaisirs, aspirait presque à la douleur[322],» qui, fuyant sa terre natale, portait parmi les splendeurs et les gaîtés du Midi la persécutrice infatigable, «la pensée, comme un démon,» acharné après lui. On reconnaissait les paysages: ils avaient été copiés sur place. Et qu'est-ce qu'était tout ce livre, sinon son journal de voyage? Il y disait ce qu'il avait vu et ce qu'il avait senti. Quelle fiction poétique vaut la sensation vraie? Qu'y a-t-il de plus pénétrant que la confidence volontaire ou involontaire? Véritablement chaque mot ici notait une émotion des yeux ou du cœur. «Cet azur tendre de la mer unie; ces mousses des montagnes brunies par un ciel ardent[323],» ces îles «dans leurs robes de brume, rayées de bandes brunes et pourprées,» toutes ces beautés imposantes ou sereines, il en avait joui et parfois souffert, et c'est pour cela que nous les voyons à travers ses vers. Quelque objet qu'il touchât, il le faisait palpiter et vivre; c'est qu'en le regardant il avait palpité et vécu. Lui-même, un peu plus tard, laissant le masque d'Harold, reprenait son récit en son propre nom, et qui n'eût été touché d'aveux si passionnés et si entiers?

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings