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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 314 — LIVRE IV. L'ÂGE MODERNE.

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Il a donc été poëte, mais à sa façon, façon étrange, semblable à celle dont il a vécu. Il y avait en lui des tempêtes intérieures, des avalanches d'idées qui ne trouvaient d'issue que par l'écriture. «Me fuir moi-même, ç'a été là toujours mon vrai, mon unique, mon seul motif pour barbouiller du papier et pour publier.—Publier est la continuation du même effet par le mouvement que cela donne à l'esprit, qui, sans cela retomberait sur soi-même[314].»—Il a écrit «par trop-plein, dit-il encore, par passion, par entraînement, par beaucoup de causes, mais jamais par calcul,» et presque toujours avec une rapidité étonnante: le Corsaire en dix jours, la Fiancée d'Abydos en quatre jours.—Pendant l'impression, il ajoutait, corrigeait, mais sans refondre. «Je vous ai déjà dit que je ne puis jamais refondre. Je suis comme le tigre: si je manque mon premier bond, je rentre en grondant dans ma jungle; si je le fais juste, il est écrasant[315].» Sans doute il bondit, mais il a sa chaîne: jamais, dans le plus libre élan de ses pensées, il ne se détache de soi. C'est de lui-même qu'il rêve et c'est lui-même qu'il voit partout. C'est un torrent qui bouillonne, mais que des rocs endiguent. Il n'y a point d'aussi grand poëte qui ait eu l'imagination aussi étroite; il ne peut pas se métamorphoser en autrui. Ce sont ses chagrins, ses révoltes, ses voyages, à peine transformés et arrangés, qu'il met dans ses vers. Il n'invente pas, il observe; il ne crée pas, il transcrit. Sa copie est poussée au noir, mais c'est une copie. «Je ne puis écrire sur quoi que ce soit, dit-il, sans quelque expérience personnelle et sans un fondement vrai[316].» Vous trouverez dans ses lettres et dans son livre de notes, presque trait pour trait, ses descriptions les plus frappantes. La prise d'Ismaïl, le naufrage de don Juan, suivent pas à pas deux récits en prose. S'il n'y a que des badauds capables de lui attribuer les crimes de ses héros, il n'y a que des aveugles capables de ne point voir en lui les sentiments de ses personnages; cela est si vrai, qu'en somme il n'en a fait qu'un seul. Childe Harold, Lara, le Giaour, le Corsaire, Manfred, Sardanapale, Caïn, son Tasse, son Dante et le reste sont toujours un même homme, représenté sous divers costumes, dans plusieurs paysages, avec des expressions différentes, mais comme en font les peintres, lorsque par des changements de vêtements, de décors et d'attitudes, ils tirent du même modèle cinquante portraits. Il était trop replié sur soi pour s'éprendre d'autre chose: le roidissement habituel de la volonté empêche l'esprit d'être flexible; sa force, toujours concentrée pour l'effort et tendue vers la lutte, l'enfermait dans la contemplation de lui-même, et le réduisait à ne jamais faire que l'épopée de son propre cœur.

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