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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 292 — LIVRE IV. L'ÂGE MODERNE.

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Ils ont fait leur œuvre cependant. Sous leurs efforts multipliés et par leur concert involontaire, l'idée du beau change, et par contagion les autres idées vont changer. Les conservateurs y contribuent comme les révolutionnaires, et l'esprit nouveau transpire des poëmes qui bénissent l'État et l'Église, comme des poëmes qui maudissent l'Église et l'État. On apprend par Wordsworth et par Byron, par le protestantisme approfondi[292] et par le scepticisme institué, que, dans cet établissement sacré que le cant protége, il y a matière à réforme ou à révolte; qu'on peut trouver des valeurs morales autres que celles que la loi timbre et que l'opinion reçoit; qu'en dehors des confessions officielles, il y a des vérités; qu'en dehors des conditions respectées, il y a des grandeurs; qu'en dehors des situations régulières, il y a des vertus; que la grandeur est dans le cœur et dans le génie, et que tout le reste, actions et croyances, est subalterne. On vient d'éprouver que, par delà les conventions littéraires, il y a une poésie, et par contre-coup l'on est disposé à sentir que, par delà les dogmes religieux, il peut y avoir une foi, et, par delà les institutions sociales, une justice. L'antique édifice s'ébranle, et la Révolution y entre, non par une inondation subite, comme en France, mais par des infiltrations lentes. La muraille bâtie contre elle par l'intolérance publique se fendille et s'ouvre; la guerre engagée contre le jacobinisme républicain et impérial vient de finir par la victoire, et désormais on peut contempler les idées ennemies non plus à titre d'ennemies, mais à titre d'idées. On les contemple, et en les appropriant au pays on les importe. Les catholiques sont émancipés, les bourgs-pourris sont abolis, le cens électoral est abaissé, les taxes injustes qui enchérissaient les grains sont révoquées, les dîmes ecclésiastiques sont converties en redevances, les lois terribles qui protégeaient la propriété sont adoucies, l'assiette de l'impôt est reportée de plus en plus sur les classes riches; les vieilles institutions, arrangées autrefois au profit d'une race, et dans cette race au profit d'une classe, ne se maintiennent plus qu'à la condition de servir au profit de tous; les priviléges deviennent des fonctions, et dans ce triomphe de la classe moyenne qui fait l'opinion et prend l'ascendant, l'aristocratie, passant des sinécures aux services, ne semble plus légitime qu'à titre de pépinière nationale conservée pour fournir des hommes publics. En même temps, l'étroite orthodoxie s'élargit. La zoologie, l'astronomie, la géologie, la botanique, l'anthropologie, toutes les sciences d'observation si cultivées et si populaires, y font de force pénétrer leurs découvertes dissolvantes. La critique arrive d'Allemagne, remanie la Bible, refait l'histoire du dogme, atteint le dogme lui-même. Cependant la pauvre philosophie écossaise s'est desséchée; parmi les agitations des sectes qui essayent de se transformer et de l'unitarisme qui monte, on entend aux portes de l'arche sainte bruire comme une marée la philosophie continentale. Aujourd'hui déjà elle a gagné la littérature; depuis cinquante ans, tous les grands écrivains y plongent: Sidney Smith, par ses sarcasmes contre l'engourdissement du clergé et l'oppression des catholiques; Arnold, par ses réclamations contre le monopole religieux du clergé et contre le monopole ecclésiastique des anglicans; Macaulay, par son histoire et son panégyrique de la révolution libérale; Thackeray, en attaquant la classe noble au profit de la classe moyenne; Dickens, en attaquant les dignitaires et les riches au profit des petits et des pauvres; Currer Bell et mistress Browning, en défendant l'initiative et l'indépendance des femmes; Stanley et Jowet, en introduisant l'exégèse d'outre-Rhin et en précisant la critique biblique; Carlyle, en important sous forme anglaise la métaphysique allemande; Stuart Mill, en important sous forme anglaise le positivisme français; Tennyson lui-même, en étendant sur les beautés de tous les pays et de tous les siècles la protection de son dilettantisme aimable et de ses sympathies poétiques; chacun, selon sa taille et son endroit, enfoncé à des profondeurs différentes, tous retenus à portée du rivage par leurs préoccupations pratiques, tous affermis contre les glissades par leurs préoccupations morales, tous occupés, les uns avec plus d'ardeur, les autres avec plus de défiance, à recevoir ou à faire entrer le flot croissant de la démocratie et de la philosophie modernes dans leur constitution et dans leur Église, sans dégât et avec mesure, de façon à ne rien détruire et de façon à tout féconder.

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