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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 277 — LIVRE IV. L'ÂGE MODERNE.

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Mais le métal est véritablement noble, et, outre plusieurs sonnets très-beaux, il y a telle de ses œuvres, entre autres la plus vaste, Une Excursion, où l'on oublie la pauvreté de la mise en scène pour admirer la chasteté et l'élévation de la pensée. À la vérité, l'auteur ne s'est guère mis en frais d'imagination: il se promène et cause avec un pieux colporteur écossais, voilà toute l'histoire. Toujours les poëtes de cette école se promènent, regardant la nature et pensant à la destinée humaine; c'est leur attitude permanente. Il cause donc avec le colporteur, personnage méditatif, qui s'est instruit par une longue expérience des hommes et des choses, qui parle fort bien (trop bien!) de l'âme et de Dieu, et lui conte l'histoire d'une bonne femme morte de chagrin dans sa chaumière; puis avec un solitaire, sorte d'Hamlet sceptique, morose, attristé par la mort des siens et les déceptions de ses longs voyages; puis avec le pasteur, qui les mène au cimetière du village et leur décrit la vie de plusieurs morts intéressants. Notez qu'au fur et à mesure les réflexions et les discussions morales, les paysages et les descriptions morales, s'étalent par centaines, que les dissertations entrelacent leurs longues haies d'épines, et que les chardons métaphysiques pullulent dans tous les coins. Bref, le poëme est grave et terne comme un sermon. Eh bien! malgré cet air ecclésiastique et les tirades contre Voltaire et son siècle[277], on se sent pris comme par un discours de Théodore Jouffroy. Après tout, cet homme est convaincu, il a passé sa vie à méditer ces sortes d'idées, elles sont la poésie de sa religion, de sa race et de son climat; il en est imbu: ses peintures, ses récits, toutes ses interprétations de la nature visible et de la vie humaine ne tendent qu'à mettre l'esprit dans la disposition grave qui est celle de l'homme intérieur. J'entre ici comme dans la vallée de Port-Royal: un recoin solitaire, des eaux stagnantes, des bois mornes, des ruines, des pierres tumulaires, et par-dessus tout l'idée de l'homme responsable et de l'obscur au-delà, vers lequel involontairement nous nous acheminons. J'oublie nos façons françaises insouciantes, notre habitude de laisser couler la vie. Il y a un sérieux imposant, une austère beauté dans cette réflexion si sincère; le respect vient, on s'arrête et on est touché. Ce livre est comme un temple protestant, auguste, quoique monotone et nu. Ce qu'il expose, ce sont les grands intérêts de l'âme, «c'est la vérité, la grandeur, la beauté, l'espérance, l'amour,—la crainte mélancolique subjuguée par la foi,—ce sont les consolations bénies aux jours d'angoisse,—c'est la force de la volonté et la puissance de l'intelligence,—ce sont les joies répandues sur la large communauté des êtres,—c'est l'esprit individuel qui maintient sa retraite inviolée,—sans y recevoir d'autres maîtres que la conscience,—et la loi suprême de cette intelligence qui gouverne tout[278].» Cette personne inviolée, seule portion de l'homme qui soit sainte, est sainte à tous les étages; c'est pour cela que Wordsworth choisit pour personnages un colporteur, un curé, des villageois; à ses yeux, la condition, l'éducation, les habits, toute l'enveloppe mondaine de l'homme est sans intérêt; ce qui fait notre prix, c'est l'intégrité de notre conscience; la science même n'est profonde que lorsqu'elle pénètre jusqu'à la vie morale; car nulle part cette vie ne manque. «À toutes les formes d'être est assigné un principe actif;—quoique reculé hors de la portée des sens et de l'observation,—il subsiste en toutes choses, dans les étoiles du ciel azuré, dans les petits cailloux qui pavent les ruisseaux,—dans les eaux mouvantes, dans l'air invisible.—Toute chose a des propriétés qui se répandent au delà d'elle-même—et communiquent le bien, bien pur ou mêlé de mal.—L'esprit ne connaît point de lieu isolé,—de gouffre béant, de solitude.—De chaînon en chaînon il circule, et il est l'âme de tous les mondes[279].» Rejetez donc avec dédain cette science sèche «qui divise et divise toujours les objets par des séparations incessantes, ne les saisit que morts et sans âme et détruit toute grandeur[280].» «Mieux vaut un paysan superstitieux qu'un savant froid.» Au delà des vanités de la science et de l'orgueil du monde, il y a l'âme par qui tous sont égaux, et la large vie chrétienne et intime ouvre d'abord ses portes à tous ceux qui veulent l'aborder. «Le soleil est fixé, et magnificence infinie du ciel—est fixée à la portée de tout œil humain.—L'Océan sans sommeil murmure pour toute oreille.—La campagne, au printemps, verse une fraîche volupté dans tous les cœurs.—Les devoirs premiers brillent là-haut comme les astres.—Les tendresses qui calment, caressent et bénissent—sont éparses sous les pieds des hommes comme des fleurs[281].» Pareillement à la fin de toute agitation et de toute recherche apparaît la grande vérité qui est l'abrégé des autres. «La vie, la véritable vie, est l'énergie de l'amour—divin ou humain—exercée dans la peine,—dans la tribulation,—et destinée, si elle a subi son épreuve et reçu sa consécration,—à passer, à travers les ombres et le silence du repos, à la joie éternelle[282].» Les vers soutiennent ces graves pensées de leur harmonie grave; on dirait d'un motet qui accompagne une méditation ou une prière. Ils ressemblent à la musique grandiose et monotone de l'orgue, qui le soir, à la fin du service, roule lentement dans la demi-obscurité des arches et des piliers.

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