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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 261 — LIVRE IV. L'ÂGE MODERNE.

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Un d'entre eux, romancier, critique, historien et poëte, favori de son siècle, lu dans l'Europe entière, fut comparé et presque égalé à Shakspeare, eut plus de popularité que Voltaire, fit pleurer les modistes et les duchesses, et gagna six millions. «Je jurerais, je crois, lui écrivait son éditeur en achevant un de ses livres[261], et par tous les serments qu'on pourrait proposer, que je n'ai jamais éprouvé un plaisir aussi entier.... Lord Holland me dit quand je lui demandai son opinion: Mon opinion! personne de nous ne s'est mis au lit cette nuit; rien n'a dormi, excepté ma goutte.» En France, on vendit de ces romans quatorze cent mille volumes, et on en vend toujours. L'auteur, né à Édimbourg, était fils d'un avoué[262], savant dans le droit féodal et dans l'histoire de l'Église, lui-même avocat, puis shériff, et toujours grand amateur d'antiquités, surtout d'antiquités nationales, en sorte que, dans sa famille, dans son éducation, dans sa personne, il trouvait les matériaux de son œuvre et les aiguillons de son talent. Ses premiers souvenirs s'étaient imprimés en lui à l'âge de trois ans, dans une ferme où on l'avait porté pour essayer l'effet du grand air sur sa petite jambe paralysée. On l'enveloppait nu dans la peau chaude d'un mouton tué à l'instant, et il rampait dans cet attirail, qui passait pour un spécifique. Il resta boiteux et devint liseur. Dès sa première enfance, il avait été élevé parmi les récits qu'il mit en scène plus tard, celui de la bataille de Culloden, celui des cruautés exercées contre les highlanders, celui des guerres et des souffrances des covenantaires. À trois ans, il criait si haut la ballade de Hardyknute qu'il empêchait le ministre du village, homme doué d'une très-belle voix, d'être entendu et même de s'entendre. Sitôt qu'on lui avait récité une ballade du Border, il la savait par cœur. Dans le reste, il était indolent, étudiait à bâtons rompus, apprenait mal les choses sèches et positives; mais de ce côté le courant de son instinct était précoce, précipité et invincible. Le jour où, pour la première fois, «sous un platane,» il ouvrit les volumes où Percy avait rassemblé les fragments de l'ancienne poésie, il oublia de dîner «malgré son appétit de treize ans,» et dorénavant «il inonda» de ces vieux vers non-seulement ses camarades d'école, mais encore tous ceux qui voulaient l'entendre. Devenu clerc chez son père, il fourrait dans son pupitre toutes les œuvres d'imagination qu'il pouvait trouver, non pas les romans d'intérieur, «il lui fallait l'art de miss Burney ou la sensibilité de Mackensie pour l'intéresser à une histoire domestique» mais les «récits aventureux et féodaux[263],» et tout ce qui avait trait «aux chevaliers errants.» Ayant fait une maladie, il fut retenu longtemps au lit avec défense de parler, sans autre divertissement que la lecture des poëtes, des romanciers, des historiens et des géographes, occupé à éclaircir les descriptions de bataille par des alignements et des arrangements de petits cailloux qui figuraient les soldats. Une fois guéri et bon marcheur, il tourna ses promenades vers le même emploi, et se trouva passionné pour le paysage, surtout pour le paysage historique. «On n'avait, dit-il[264], qu'à me montrer un vieux château, un champ de bataille; j'étais tout de suite chez moi, je le remplissais de ses combattants avec leur costume propre, j'entraînais mes auditeurs par l'enthousiasme de mes descriptions. Une fois, traversant Magus-Moor, près de Saint-Andrews, l'esprit me poussa à décrire l'assassinat de l'archevêque de Saint-Andrews à quelques voyageurs dont je me trouvais le compagnon par hasard, et l'un d'eux, quoiqu'il sût bien cette histoire, protesta que mon récit l'avait empêché de dormir.» Entre autres excursions studieuses, il fit pendant sept ans un voyage chaque année dans le district sauvage et perdu de Liddesdale, explorant chaque ruisseau et chaque débris, couchant dans la hutte des bergers, ramassant des légendes et des ballades. Jugez par là de ses goûts et de son assiduité d'antiquaire. Il lisait les chartes provinciales, les plus mauvais vers latins du moyen âge, les registres de paroisse, même les contrats et les testaments. La première fois qu'il put mettre la main sur un des grands cors de guerre qui servaient aux borderers, il en sonna toute la route. La ferraille rouillée et le parchemin sale l'attiraient, remplissaient sa tête de souvenirs et de poésie. En vérité, il avait l'âme féodale. «Pendant toute sa vie, dit son gendre, son orgueil principal fut d'être reconnu membre d'une famille historique[265].»—«Sa première et sa dernière ambition mondaine fut d'être lui-même le fondateur d'une branche distincte.» La gloire littéraire ne venait qu'en second lieu; son talent n'était pour lui qu'un instrument. Il employa les sommes énormes que ses vers et sa prose lui avaient gagnées à se bâtir un château à l'imitation des anciens preux, «tours et tourelles, copiées chacune d'après quelque vieux manoir écossais, toits et fenêtres blasonnés avec les insignes des clans, avec des lions rampants sur gueules,» appartements «remplis de hauts dressoirs et de bahuts sculptés, décorés de targes, de plaids et de grandes épées de highlanders, de hallebardes, d'armures, d'andouillers disposés en trophées[266].» Pendant de longues années, il y tint, pour ainsi parler, table ouverte, et fit à tout étranger «les honneurs de l'Écosse,» essayant de ressusciter l'antique vie féodale avec tous ses usages et tout son étalage: «large et joyeuse hospitalité ouverte à tous venants, mais surtout aux parents, aux alliés et aux voisins,—ballades et pibrochs sonnant pour égayer les verres qui trinquent,—joyeuses chasses où les yeomen et les gentlemen peuvent chevaucher côte à côte,—danses gaillardes et gaies où le lord n'aura pas honte de donner la main à la fille du meunier[267].» Lui-même, ouvert, heureux, au milieu de ses quarante convives, nourrissait l'entretien par une profusion de récits épanchés de sa mémoire et de son imagination prodigues[268], conduisait ses hôtes dans son domaine élargi à grands frais, parmi les plantations nouvelles dont l'ombrage futur devait abriter sa race, et pensait avec un sourire de poëte aux générations lointaines qui reconnaîtraient pour ancêtre sir Walter Scott, premier baronnet d'Abbotsford.

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