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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 4 de 5)

Note 238 — LIVRE IV. L'ÂGE MODERNE.

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Triste vie, et qui est le plus souvent celle des précurseurs; il n'est pas sain de marcher trop vite; Burns était si fort en avant, que l'on mit quarante ans à le rejoindre. À ce moment, en Angleterre, les conservateurs et les croyants primaient les sceptiques et les révolutionnaires. La constitution était libérale, et semblait la garantie des droits; l'Église était populaire, et semblait le soutien de la morale. La capacité pratique et l'incapacité spéculative détournaient les esprits des innovations proposées, et les rattachaient à l'ordre établi. Ils se trouvaient bien dans leur grande maison féodale, élargie et appropriée aux besoins modernes; ils la trouvaient belle, ils en étaient fiers, et l'instinct national comme l'opinion publique se déclaraient contre les novateurs qui voulaient l'abattre pour la rebâtir. Tout d'un coup une secousse violente avait changé cet instinct en passion et cette opinion en fanatisme. La révolution française, d'abord admirée comme une sœur, avait paru une furie et un monstre. Pitt déclarait en plein Parlement, aux applaudissements universels[238], «que les traits dominants du nouveau gouvernement républicain étaient l'abolition de la religion et l'abolition de la propriété.» Toute la classe pensante et influente se levait pour écraser cette secte de jacques, brigands par institution, athées par principes, et le jacobinisme, sorti du sang pour s'asseoir dans la pourpre, fut poursuivi jusque dans son enfant et dans son champion «Bonaparte, qui l'avait centralisé et intronisé[239].» Sous cet acharnement national, les idées libérales s'effaçaient; les plus illustres des amis de Fox, Burke, Windham, Spencer, le quittèrent: de cent soixante partisans dans la chambre des communes, il ne lui en resta que cinquante. Le grand parti whig sembla disparaître, et dans l'année 1799 la plus forte minorité qu'on put rassembler contre le gouvernement fut de vingt-cinq voix. Cependant le jacobinisme anglais était pris à la gorge, et tenu à terre[240]; «l'habeas corpus était suspendu à plusieurs reprises; les écrivains qui avançaient des doctrines contraires à la monarchie et à l'aristocratie étaient proscrits et punis sans merci. Il était dangereux à un républicain de faire sa profession de foi politique au restaurant, devant son beefsteak et sa bouteille, et l'on voyait en Écosse, pour des offenses qui à Westminster eussent été qualifiées de délits simples[241], des hommes d'esprit cultivé et de manières polies envoyés à Botany-Bay avec le troupeau des criminels[242].» Cependant l'intolérance de la nation aggravait celle du gouvernement. Quiconque eût avoué des sentiments démocratiques eût été insulté. Les journaux présentaient les novateurs comme des scélérats et des ennemis publics. La populace, à Birmingham, brûlait les maisons de Priestley et des unitaires. À la fin, Priestley fut obligé de quitter l'Angleterre. Lord Byron s'exila sous la même contrainte, et quand il partit, ses amis craignirent que la foule assemblée autour de sa voiture ne portât les mains sur lui.

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