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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 256 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Telle est la poésie de ces âmes sérieuses. Après avoir erré dans les débauches et les pompes de la Restauration, Dryden entrait dans les graves émotions de la vie intérieure; quoique catholique, il sentait en protestant les misères de l'homme et la présence de la grâce; il était capable d'enthousiasme. De temps en temps un vers virile et poignant décèle, au milieu de ses raisonnements, la puissance de la conception et le souffle du désir. Quand le tragique se rencontre, il s'y assoit comme dans son domaine; au besoin, il fouille dans l'horrible. Il a décrit la chasse infernale et le supplice de la jeune fille déchirée par les chiens avec la sauvage énergie de Milton[256]. Par contraste il a aimé la nature; ce goût a toujours duré en Angleterre; les sombres passions réfléchies se détendent dans la grande paix et l'harmonie des champs. Au milieu de la dispute théologique se développent des paysages; il voit «de nouveaux bourgeons fleurir, de nouvelles fleurs se lever, comme si Dieu eût laissé en cet endroit les traces de ses pas et réformé l'année. Les collines pleines de soleil brillaient dans le lointain sous les rayons splendides, et, dans les prairies au-dessous d'elles, les ruisseaux polis semblaient rouler de l'or liquide. Enfin ils entendirent chanter le coucou folâtre, dont la note proclamait la fête du printemps[257].» On démêle sous ses vers réguliers une âme d'artiste[258]; quoique rétréci par les habitudes du raisonnement classique, quoique roidi par la controverse et la polémique, quoique impuissant à créer des âmes ou à peindre les sentiments naïfs et fins, il reste vraiment poëte; il est troublé, soulevé par les beaux sons et les belles formes; il écrit hardiment sous la pression d'idées véhémentes; il s'entoure volontiers d'images magnifiques; il s'émeut au bruissement de leurs essaims, au chatoiement de leurs splendeurs; il est au besoin musicien et peintre; il écrit des airs de bravoure qui ébranlent tous les sens, s'ils ne descendent pas jusqu'au cœur. Telle est cette ode pour la fête de sainte Cécile, admirable fanfare où le mètre et le son impriment dans les nerfs les émotions de l'esprit, chef-d'œuvre d'entraînement et d'art que Victor Hugo seul a renouvelé[259]. Alexandre est sur son trône dans le palais de Persépolis; à côté de lui Thaïs florissante de beauté; devant lui, dans l'immense salle, tous ses glorieux capitaines. Et Timothée chante: il chante Bacchus, «Bacchus toujours beau, Bacchus toujours jeune; le joyeux dieu vient en triomphe: sonnez les trompettes! battez les tambours! Il vient la face empourprée, les yeux riants; que les hautbois résonnent! Il vient, il vient, Bacchus toujours beau, toujours jeune; Bacchus a le premier établi les joies du vin; les dons de Bacchus sont un trésor; le vin est le plaisir du soldat; riche est le trésor, doux est le plaisir; doux est le plaisir après la peine[260].»—Et sous les sons vibrants, le roi se trouble; ses joues s'enflamment, ses combats lui reviennent en mémoire; il défie les hommes et les dieux. Alors un chant triste l'apaise: Timothée pleure la mort de Darius trahi. Puis un chant tendre l'amollit: Timothée célèbre l'amour et la rayonnante beauté de Thaïs. Tout à coup les sons de la lyre s'enflent; ils s'enflent plus haut; ils grondent comme un tonnerre; le roi assoupi se redresse égaré, les yeux fixes. «Vengeance! vengeance! regarde les Furies qui se lèvent; regarde les serpents qu'elles brandissent, comme ils sifflent dans l'air! et ces étincelles qui jaillissent de leurs yeux! Vois cette bande de spectres, chacun une torche à la main: ce sont les spectres des Grecs immolés dans les batailles, laissés sur la plaine sans sépulture, sans honneur! Regarde comme ils secouent leurs torches, comme ils les lèvent, comme ils montrent les palais persans, les temples étincelants des dieux leurs ennemis[261]!»—Les princes applaudissent, ils saisissent des flambeaux, ils courent, Thaïs la première, et la nouvelle Hélène brûle la nouvelle Troie! Ainsi jadis la musique attendrissait, exaltait, maîtrisait les hommes; les vers de Dryden retrouvent son pouvoir en le décrivant.

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