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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 248 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Cette stérilité d'invention altère le goût ou l'alourdit. Car le goût est un système instinctif, et nous mène par des maximes intérieures que nous ignorons; l'esprit, guidé par lui, sent des liaisons, fuit des dissonances, jouit ou souffre, choisit ou rejette, d'après des conceptions générales qui le maîtrisent et qu'il ne voit pas; elles ôtées, on voit disparaître le tact qu'elles produisent, et l'écrivain commet des maladresses, parce que la philosophie lui a manqué. Telle est l'imperfection des récits remaniés par Dryden d'après Chaucer ou Boccace. Dryden ne sent pas que des contés de fées ou de chevaliers ne conviennent qu'à une poésie enfantine, que des sujets naïfs demandent un style naïf, que les conversations de Renard et de Chanteclair, les aventures de Palémon et d'Arcite, les métamorphoses, les tournois, les apparitions, réclament la négligence étonnée et le gracieux babil du vieux Chaucer. Les vigoureuses périodes, les antithèses réfléchies oppriment ici ces aimables fantômes; les phrases classiques les accablent dans leurs plis trop serrés: on ne les voit plus; pour les retrouver, on se retourne vers leur premier père; on quitte la lumière trop crue d'un âge savant et viril; on ne les suit bien que dans leur premier style, dans l'aurore de la pensée crédule, sous la vapeur qui joue autour de leurs formes vagues, avec toutes les rougeurs et tous les sourires du matin. D'ailleurs, quand Dryden entre en scène, il écrase les délicatesses de son maître, insérant des tirades ou des raisonnements, effaçant les tendresses abandonnées et sincères. Quelle distance entre son récit de la mort d'Arcite et celui de Chaucer! Quelles misères que ses beaux mots d'auteur, sa galanterie, ses phrases symétriques, ses froids regrets, si on les compare aux cris douloureux, aux effusions vraies, à l'amour profond qui éclate chez l'autre! Mais, le pire défaut, c'est que, presque partout, il est copiste et conserve les fautes en traducteur littéral, les yeux collés sur son ouvrage, impuissant à l'embrasser pour le refondre, plus voisin du versificateur que du poëte. Quand La Fontaine a mis Ésope ou Boccace en vers, il leur a soufflé un nouvel esprit; il ne leur a pris qu'une matière; l'âme nouvelle, qui fait le prix de son œuvre, est à lui, n'est qu'à lui, et cette âme convient à son œuvre. Au lieu des périodes cicéroniennes de Boccace, on voit courir de petits vers lestes, finement moqueurs, de volupté friande, de naïveté feinte, qui goûtent le fruit défendu parce qu'il est fruit et parce qu'il est défendu. Le tragique s'en va, les souvenirs du moyen âge sont à mille lieues; il ne reste que la gaieté malicieuse, gauloise et bourgeoise, d'un frondeur et d'un gourmet. Ici les disparates abondent, et Dryden en est si peu choqué qu'il les importe ailleurs, dans ses poëmes théologiques, par exemple, représentant l'Église catholique par une biche et les hérésies par diverses bêtes, qui disputent entre elles aussi longuement et aussi savamment que des gradués d'Oxford[248]. Je ne l'aime pas davantage dans ses épîtres; ordinairement elles ne consistent qu'en flatteries, presque toujours crues, souvent mythologiques, parsemées de sentences un peu banales. «J'ai étudié Horace, dit-il[249], et je pense que le style de ses épîtres n'est pas mal imité ici[250].» N'en croyez rien. Les lettres d'Horace, quoique en vers, sont de vraies lettres, agiles, de mouvement inégal, toujours improvisées, naturelles. Rien de plus éloigné de Dryden que cet esprit original et mondain, philosophe et polisson[251], le plus délicat et le plus nerveux des épicuriens, parent (à dix-huit cents ans de distance) d'Alfred de Musset et de Voltaire. Il faut, comme Horace, être penseur et homme du monde pour écrire de la morale agréable, et Dryden, non plus que ses contemporains, n'est homme du monde ou penseur.

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