Note 225 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.
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Mais l'homme de cœur apparaît souvent; à travers plusieurs chutes et beaucoup de glissades, on découvre un esprit qui se tient debout, plié plutôt par convenance que par nature, ayant de l'élan et du souffle, occupé de pensées graves, et livrant sa conduite à ses convictions. Il se convertit loyalement et après réflexion à la religion catholique, y persévéra après la chute de Jacques II, perdit sa place d'historiographe et de poëte lauréat, et, quoique pauvre, chargé de famille et infirme, refusa de dédier son Virgile au roi Guillaume. «La dissimulation, écrit-il à ses fils, quoique permise en quelques cas, n'est pas mon talent. Cependant, pour l'amour de vous, je lutterai contre la franchise de ma nature. Au reste je ne me flatte d'aucune espérance, mais je fais mon devoir et je souffre pour l'amour de Dieu. Vous savez que les profits de mon livre auraient pu être plus grands, mais ni ma conscience ni mon honneur ne me permettaient de les prendre. Je ne me repentirai jamais de ma constance, puisque je suis profondément persuadé de la justice de la cause pour laquelle je souffre[225].» Un de ses fils ayant été renvoyé de l'école, il écrivit au directeur, M. Busby, son ancien maître, avec une gravité et une noblesse très-grandes, le priant sans s'humilier, le désapprouvant sans l'offenser, d'un style contenu et fier qui fait plaisir, lui redemandant ses bonnes grâces, sinon comme une dette envers le père, du moins comme un don pour l'enfant, et ajoutant à la fin: «Je mérite pourtant quelque chose, ne serait-ce que pour avoir vaincu mon cœur jusqu'à prier[226].» On le trouve bon père avec ses enfants, libéral envers son fermier, généreux même. «On a écrit, dit-il, plus de libelles contre moi que contre presque aucun homme vivant, et j'aurais eu le droit de défendre mon innocence. J'ai rarement répondu aux pamphlets diffamatoires, ayant dans les mains les moyens de confondre mes ennemis, et, quoique naturellement vindicatif, j'ai souffert en silence et maintenu mon âme dans la paix[227].» Insulté par Collier comme corrupteur des mœurs, il souffrit cette réprimande brutale et confessa noblement les fautes de sa jeunesse: «M. Collier en beaucoup de points m'a blâmé justement: je ne cherche d'excuse pour aucune de mes pensées ou de mes expressions; quand on peut les taxer équitablement d'impiété, d'immoralité ou de licence, je les rétracte. S'il est mon ennemi, qu'il triomphe; s'il est mon ami (et je ne lui ai donné aucune occasion personnelle d'être autrement), il sera content de mon repentir[228].» Une telle pénitence relève; pour s'abaisser ainsi, il faut être grand. Il l'était par l'esprit comme par le cœur, muni de raisonnements solides et de jugements personnels, élevé au-dessus des petits procédés de rhétorique et des arrangements de style, maître de son vers, serviteur de son idée, ayant cette abondance de pensées qui est la marque du vrai génie. «Elles arrivent sur moi si vite et si pressées que ma seule difficulté est de choisir ou de rejeter parmi elles[229].» C'est avec ces forces qu'il entra dans sa seconde carrière; la constitution et le génie de l'Angleterre la lui ouvraient.