Note 219 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.
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Un second talent, peut-être le premier en temps de carnaval, est l'art de dire des polissonneries, et la Restauration fut un carnaval à peu près aussi délicat qu'un bal de débardeurs. Il y a d'étranges chansons et des prologues plus que hasardés dans les pièces de Dryden. Son Mariage à la mode s'ouvre par ces vers que chante une dame mariée: «Pourquoi un sot vœu de mariage, fait il y a longtemps, nous lierait-il maintenant que notre passion est éteinte[219]?» Le lecteur lira lui-même le reste; on n'en peut rien citer. D'ailleurs Dryden y réussit mal: son fonds d'esprit est trop solide; son naturel est trop sérieux, même réservé, taciturne. «Son ton libre, dit très-bien Walter Scott, ressemble à l'impudence forcée d'un homme timide.» Il voulait avoir les belles façons d'un Sedley, d'un Rochester, se faisait pétulant par calcul, et s'asseyait carrément dans l'ordure où les autres ne faisaient que gambader. Rien de plus nauséabond qu'une gravelure étudiée, et Dryden étudie tout, jusqu'à la plaisanterie et la politesse. Il écrit à Dennis, qui l'avait loué: «Les belles qualités que vous me prêtez ne sont pas plus à moi que la lumière de la lune ne peut être dite lui appartenir, puisqu'elle ne brille que par la clarté réfléchie de son frère[220].» Il écrit à sa cousine, en manière de narration divertissante, ces détails sur une grosse femme avec qui il a voyagé: «Son poids faisait que les chevaux cheminaient très-péniblement; mais, pour leur donner le temps de souffler, elle nous arrêtait souvent, et alléguait quelque nécessité de la nature, et nous disait que nous sommes tous chair et sang[221].» Il paraît qu'alors ces jolies choses égayaient les dames. Ses lettres sont composées de grosses civilités officielles, de compliments vigoureusement équarris, de révérences mathématiques; son badinage est une dissertation; il étaye les bagatelles avec des périodes. Il dit au comte de Rochester, qui l'avait complimenté: «J'éprouve qu'il ne me sied pas de disputer en aucune chose contre Votre Seigneurie, qui écrit mieux sur le moindre des sujets que je ne le puis faire sur le meilleur.» Cette réplique paraissait vive. J'ai trouvé chez lui de beaux morceaux, je n'en ai jamais rencontré d'agréables; il ne sait pas même disserter avec goût. Les personnages de son Essai sur le Drame se croient encore sur les bancs de l'école, citent doctoralement Paterculus, et en latin encore, combattent la définition de l'adversaire et remarquent qu'elle est faite a genere et fine, au lieu d'être établie selon la bonne règle, d'après le genre et l'espèce[222]. «On m'accuse, dit-il doctoralement dans une préface, d'avoir choisi des personnes débauchées pour protagonistes ou personnages principaux de mon drame, et de les avoir rendues heureuses dans la conclusion de ma pièce, ce qui est contre la loi de la comédie, qui est de récompenser la vertu et de punir le vice[223]. Ailleurs il déclare qu'il ne veut pas abolir dans la passion l'emploi des métaphores, parce que Longin les juge nécessaires pour l'exciter[224].» Son grand discours sur l'origine et les progrès de la satire fourmille d'inutilités, de longueurs, de recherches et de comparaisons de commentateur. Il ne sait pas effacer en lui l'érudit, le logicien, le rhétoricien, pour ne montrer que «l'honnête homme.»