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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 217 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Cet esprit, on le devine, est lourd, et particulièrement dans la flatterie. L'art de flatter est le premier dans un âge monarchique. Dryden n'y est guère habile, non plus que ses contemporains. De l'autre côté du détroit, à la même époque, on loue autant, mais sans trop s'avilir, parce qu'on apprête la louange; tantôt on la déguise ou on la relève par la grâce du style; tantôt on a l'air de s'y conformer comme à une mode. Ainsi tempérée, les gens la digèrent. Ici, loin de la fine cuisine aristocratique, elle pèse toute crue et massive sur l'estomac. J'ai conté comment le ministre Clarendon, apprenant que sa fille venait d'épouser en secret le duc d'York, suppliait le roi de la faire décapiter au plus vite; comment la chambre des communes, composée en majorité de presbytériens, se déclarait elle-même et le peuple anglais rebelles, dignes du dernier supplice, et allait encore se jeter aux pieds du roi, d'un air contrit, pour le supplier de pardonner à la chambre et à la nation. Dryden n'est pas plus délicat que les hommes d'État et les législateurs. Ordinairement ses dédicaces donnent la nausée. Il dit à la duchesse de Monmouth que «nulle partie de l'Europe ne peut offrir quelqu'un qui égale son noble époux pour la mâle beauté et l'excellence de l'extérieur.»—«Vous n'avez qu'à vous montrer tous deux ensemble pour recevoir les bénédictions et les prières de l'humanité. Nous sommes prêts à conclure que vous êtes un couple d'anges envoyés ici-bas pour rendre la vertu aimable ou pour offrir des modèles aux poëtes, quand ils voudront instruire et charmer leur siècle en peignant la bonté sous la forme la plus parfaite et la plus séduisante qui soit dans la nature[217].» Ailleurs, se tournant vers Monmouth, il ajoutait: «Tous les hommes se joindront à moi pour le tribut d'adoration dont je m'acquitte envers Votre Grâce[218].» Sa Grâce ne sourcillait pas, ne bouchait pas sa narine, et Sa Grâce avait raison. Un autre écrivain, mistress Afra Behn, allumait sous le nez d'Éléonor Gwynn des lampions bien plus infects; les nerfs alors étaient robustes, l'on respirait agréablement là où d'autres suffoqueraient. Le comte de Dorset ayant écrit quelques petites chansons et satires, Dryden lui jure que dans son genre il égale Shakspeare et surpasse tous les anciens. Et ces panégyriques assenés en face durent imperturbablement pendant vingt pages, l'auteur passant tour à tour en revue les diverses vertus de son grand homme et trouvant toujours que la dernière est la plus belle, après quoi, en récompense, il recevait une bourse d'or. Notez qu'en cela Dryden n'était pas plus laquais qu'un autre. La corporation de Hall, haranguée un jour par le duc de Monmouth, lui fit cadeau de six pièces d'or, que Monmouth donna à M. Marwel, député de Hall au Parlement. Les scrupules modernes n'étaient pas nés. Je crois que Dryden, avec tous ses prosternements, a plutôt manqué d'esprit que d'honneur.

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