Note 213 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.
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C'est un esprit singulièrement solide et judicieux excellent argumentateur, habitué à digérer ses idées, tout nourri de bonnes preuves longuement méditées, ferme dans la discussion, posant des principes, établissant des divisions, apportant des autorités, tirant des conséquences, tellement que, si on lisait ses préfaces sans lire ses pièces, on le prendrait pour un des maîtres du drame. Il atteint naturellement la prose définitive; ses idées se déroulent avec ampleur et clarté; son style est de bon aloi, exact et simple, pur des affectations et des ciselures dont Pope plus tard chargera le sien; sa phrase ressemble à celle de Corneille, périodique et large par la seule vertu du raisonnement intérieur qui la déploie et la soutient. On voit qu'il pense, et par lui-même, qu'il lie ses pensées, qu'il les vérifie, que, par-dessus tout cela, naturellement il voit juste, et qu'avec la méthode il a le bon sens. Il a les goûts et les faiblesses qui conviennent à sa forme d'intelligence. Il élève au premier rang «l'admirable Boileau, dont les expressions sont nobles, le rhythme excellent, les pensées justes, le langage pur, dont la satire est perçante et dont les idées sont serrées, qui, lorsqu'il emprunte aux anciens, les paye avec usure de son propre fonds, en monnaie aussi bonne et de cours presque universel[213].» Il a la roideur des poëtes logiciens, trop réguliers et raisonnables, blâmant l'Arioste, «qui n'a su ni faire un plan proportionné, ni garder quelque unité d'action, ou quelque limite de temps, ou quelque mesure dans son énorme fable, dont le style est exubérant, sans majesté ni décence, et dont les aventures sortent des bornes du naturel et du possible[214].» Il ne comprend pas mieux la finesse que la fantaisie. Parlant d'Horace, il trouve que «son esprit est terne et son sel presque sans goût; celui de Juvénal est plus vigoureux et plus mâle, et me donne autant de plaisir que j'en puis porter[215].» Par la même raison, il rabaisse les délicatesses du style français. «La langue française n'est pas munie de muscles comme notre anglaise; elle a l'agilité d'un lévrier, mais non la masse et le corps d'un dogue. Ils ont donné pour règle à leur style la pureté; la vigueur virile est celle du nôtre[216].» Deux ou trois mots pareils peignent un homme; Dryden vient de marquer sans le savoir la mesure et la qualité de son esprit.