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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 169 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Elle en diffère néanmoins, et Dryden[169] énumère tout ce qu'un parterre anglais peut blâmer chez nous.—Les Français, dit-il, n'ont point de caractères vraiment comiques: à peine si Corneille en a mis un dans son Menteur; tous leurs personnages se ressemblent, ce sont des êtres effacés, sans originalité distinctive. Le Menteur, quoique bien traduit et bien joué, a paru plat aux Anglais et fort au-dessous des caractères de Fletcher et de Ben Jonson. Pareillement leurs intrigues sont trop maigres, trop réduites à une action unique et privées de l'accompagnement des petites actions secondaires. D'ailleurs ils parlent au lieu d'agir. «Cinna, Pompée ne sont point des tragédies, mais de longs discours sur la raison d'État, et Polyeucte, en matière de religion, est aussi solennel qu'un long point d'orgue dans un motet. Quand le cardinal Richelieu réforma le théâtre français, on y introduisit ces harangues pour l'accommoder à la gravité d'un prélat.... Je ne nie pas que cela ne puisse convenir à l'humeur des Français; nous qui sommes plus moroses, nous venons au théâtre pour être divertis; eux qui sont d'un tempérament gai et léger y viennent pour se rendre plus sérieux[170].» Quant aux tumultes et aux combats, qu'en France on rejette derrière la scène, «il y a une sorte d'âpreté farouche dans le caractère de nos compatriotes qui les réclame et fait qu'ils ne peuvent s'en passer.» Aussi bien les Français, à force de s'embarrasser dans ces scrupules[171], et de se confiner dans leurs unités et dans leurs règles, ont ôté l'action de leur théâtre, et se sont réduits à une monotonie et à une sécheresse insupportables. Ils manquent d'invention, de naturel, de variété, d'abondance. «Ils se contentent d'être maigrement réguliers. Leur langue affaiblie s'est trop raffinée, et, comme l'or pur, elle plie à tous les chocs; notre vigoureux anglais n'obéit pas encore à l'art, mais il est plus propre aux pensées viriles, et son alliage l'a fortifié[172].» Qu'on raille tant qu'on voudra Fletcher et Shakspeare, «il y a dans leur style une imagination plus mâle et un plus grand souffle que dans aucun des Français[173].»

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