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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 153 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Son théâtre y est conforme: tout y brille, mais le métal n'est pas tout à lui, ni du meilleur aloi. Ce sont des comédies de société, les plus amusantes qu'on ait jamais faites, mais ce ne sont guère que des comédies de société. Imaginez les demi-charges qu'on improvise vers onze heures du soir dans un salon où l'on est intime. Sa première pièce, les Rivaux, plus tard sa Duègne et son Critique, en regorgent et ne renferment guère que cela. Il y en a sur la voisine, mistress Malaprop, une sotte prétentieuse qui emploie les grands mots à tort et à travers, se sait bon gré de si bien placer les épitaphes devant les substantifs, et jure que sa nièce est aussi méchante qu'une allégorie sur les bords du Nil. Il y en a sur le voisin, M. Acres, un Fier-à-Bras improvisé, qui se laisse engager dans un duel, et, amené sur le terrain, pense à l'effet des balles, se représente le testament, l'enterrement, l'embaumement, et voudrait bien être au logis. Il y en a sur un domestique pataud et poltron, sur un père colérique et braillard, sur une jeune fille sentimentale et romanesque, sur un Irlandais duelliste et chatouilleux. Tout cela défile et se heurte sans trop d'ordre à travers les surprises d'une intrigue double, à force d'expédients et de rencontres, sans le gouvernement ample et régulier d'une idée maîtresse. Mais on a beau sentir le placage, l'entrain emporte tout; on rit de bon cœur; chaque scène détachée passe bouffonne et rapide; on oublie que le valet pataud a des répliques aussi ingénieuses que Sheridan lui-même[153], et que le gentilhomme irascible parle aussi bien que le plus élégant des écrivains[154]. Aussi bien l'inventeur est un écrivain; si, par verve et par esprit de société, il a voulu divertir autrui et se divertir lui-même, il n'a pas oublié les intérêts de son talent et le soin de sa gloire. Il a du goût, il sent les finesses du style, le mérite d'une image nouvelle, d'une opposition frappante, d'une insinuation ingénieuse et calculée. Il a surtout de l'esprit, un prodigieux esprit de conversation, l'art de garder, de réveiller toujours l'attention, d'être mordant, divers, imprévu, de lancer la riposte, de mettre en relief la sottise, d'accumuler coup sur coup les saillies et les mots heureux. Enfin, il s'est formé depuis sa première pièce, il a acquis l'expérience du théâtre; il travaille et rature; il essaye ses diverses scènes, il les récrit, il les agence; il veut que rien ne suspende l'intérêt, que nulle invraisemblance ne choque le spectateur, que sa comédie roule avec la précision, la sûreté, l'unité d'une belle machine. Il compose de bons mots, il les remplace par de meilleurs, il aiguise toutes ses railleries, il les serre comme un faisceau de dards, et met de sa main au dernier feuillet: «Fini, grâce à Dieu.—Amen!»—Il a raison, car l'œuvre lui a coûté de la peine; il n'en fera pas une seconde. Ces sortes d'écrits, artificiels et condensés comme les satires de La Bruyère, ressemblent à une fiole ciselée, où l'auteur a distillé, sans en réserver rien, toute sa réflexion, toutes ses lectures et tout son esprit.

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