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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 134 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Serez-vous plus content de l'homme cultivé? La vie mondaine qu'ils peignent est un vrai carnaval, et les têtes de leurs héroïnes sont des moulins d'imaginations extravagantes et de bavardage effréné. Voyez dans Congreve comme elles caquettent, avec quel flux de paroles, d'affectations, de quelle voix flûtée et modulée, avec quels gestes, quels tortillements des bras, du cou, quels regards levés au ciel, quelles gentillesses et quelles singeries[134]! «Es-tu sûre que sir Rowland n'oubliera pas de venir, et qu'il ne mollira pas s'il vient? Sera-t-il importun, Foible, et me pressera-t-il? car s'il n'était pas importun!... Oh! je ne violerai jamais les convenances! je mourrai de confusion si je suis forcée de faire des avances? Oh! non, je ne pourrai jamais faire d'avances. Je m'évanouirai s'il s'attend à des avances. Non, j'espère que sir Rowland est trop bien élevé pour mettre une dame dans la nécessité de manquer aux formes. Je ne veux pas pourtant être trop retenue, je ne veux pas le mettre au désespoir; mais un peu de hauteur n'est pas déplacée, un peu de dédain attire.—Oui, un peu de dédain convient à madame.—Oui, mais la tendresse me convient mieux que tout: une sorte d'air mourant. Tu vois ce portrait, n'est-ce pas, Foible? Tu vois qu'il a quelque chose de noyé dans le regard. Oui, j'aurai ce regard-là. Ma nièce veut l'avoir, mais elle n'a pas les traits qu'il faut. Sir Rowland est-il bien? Qu'on enlève ma toilette, je m'habillerai en haut. Je veux recevoir sir Rowland ici. Est-il bien? Ne me réponds pas. Je ne veux pas le savoir. Je veux être surprise. Je veux qu'on me prenne par surprise. Et quel air ai-je, Foible?—Un air tout à fait vainqueur, madame.—Bien, mais, comment le recevrai-je? Dans quelle attitude ferai-je sur son cœur la première impression? Serai-je assise? Non, je ne veux pas être assise. Je marcherai. Oui, je marcherai quand il entrera, comme si je venais de la porte, et puis je me retournerai en plein vers lui! Non, ce serait trop soudain. Je serai couchée; c'est cela, je serai couchée. Je le recevrai dans mon petit boudoir, il y a un sofa. Oui, je ferai la première impression sur un sofa. Je ne serai pas couchée pourtant, mais penchée et appuyée sur un coude, avec un pied un peu pendant, dépassant la robe et dandinant d'une façon pensive. Oui, et alors, aussitôt qu'il paraîtra, je sursauterai, et je serai surprise, et je me lèverai pour aller à sa rencontre dans le plus joli désordre[135].» Ces agitations de coquette mûre deviennent encore plus véhémentes au moment critique[136]. Lady Pliant, sorte de Belise anglaise, se croit aimée de Millefond, qui ne l'aime pas du tout et qui tâche en vain de la détromper: «Pour l'amour du ciel, madame!—Oh! ne nommez plus le ciel. Bon Dieu! comment pouvez-vous parler du ciel et avoir tant de perversité dans le cœur? Mais peut-être ne pensez-vous pas que ce soit un péché. On dit qu'il y a des gentlemen parmi vous qui ne pensent pas que ce soit un péché. Peut-être n'est-ce pas un péché pour ceux qui pensent que ce n'en est pas un. En vérité, si je pensais que ce n'est pas un péché.... Pourtant mon honneur.... Non, non, levez-vous, venez, vous verrez combien je suis bonne. Je sais que l'amour est puissant, et que personne ne peut s'empêcher d'être épris. Ce n'est pas votre faute.... Et vraiment je jure que ce n'est pas non plus la mienne. Comment pouvais-je m'empêcher d'avoir des charmes? Et comment pouviez-vous vous empêcher de devenir mon captif? Je jure que c'est une vraie pitié que ce soit une faute; mais mon honneur.... Oui, mais votre honneur aussi.... Et le péché! Oui, et la nécessité!... Ô Seigneur Dieu, voici quelqu'un qui vient. Je n'ose rester. Bien, vous devez réfléchir à votre crime, et lutter autant que vous pourrez contre lui,—lutter, certainement; mais ne soyez pas mélancolique, ne vous désespérez pas. N'imaginez pas non plus que je vous accorderai jamais quoi que ce soit. Oh! non, non.... Mais faites état qu'il vous faut quitter toutes les idées de mariage, car j'ai beau savoir que vous n'aimiez Cynthia que comme un paravent de votre passion pour moi, cela pourtant me rendrait jalouse. Oh! bon Dieu, qu'est-ce que j'ai dit? Jalouse, non, non. Je ne peux pas être jalouse, puisque je ne dois pas vous aimer. Aussi n'espérez pas; mais ne désespérez pas non plus. Oh! les voilà qui viennent, il faut que je me sauve[137].» Elle se sauve et nous ne la suivons pas.

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