← Table of contents
Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 110 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

Reading edition

Voilà le mari; voyons le père, sir Tunbelly, un gentilhomme campagnard, élégant s'il en fut. Tom Fashion frappe à la porte du château, qui à l'air d'un poulailler, et où on le reçoit comme dans une ville de guerre. Un domestique paraît à la fenêtre, l'arquebuse à la main; à grand'peine, à la fin, il se laisse persuader qu'il doit avertir son maître: «Vas-y, Ralph, mais écoute; appelle la nourrice pour qu'elle enferme miss Hoyden avant que la porte soit ouverte[110].» Vous remarquez que dans cette maison on prend des précautions à l'endroit des filles.—Sir Tunbelly arrive avec ses gens munis de fourches, de faux et de gourdins, d'un air peu aimable, et veut savoir le nom du visiteur: «car tant que je ne saurai pas votre nom, je ne vous demanderai pas d'entrer chez moi, et quand je saurai votre nom, il y a six à parier contre quatre que je ne vous le demanderai pas non plus[111].» Il a l'air d'un chien de garde qui gronde et regarde les mollets d'un intrus. Mais bientôt il apprend que cet intrus est son futur gendre: il s'exclame, il s'excuse, il crie à ses domestiques d'aller mettre en place les chaises de tapisserie, de tirer de l'armoire les grands chandeliers de cuivre, de «lâcher» miss Hoyden, de lui faire passer une gorgerette propre, «si ce n'a pas été aujourd'hui le jour du changement de linge[112].» Le faux gendre veut épouser Hoyden tout de suite: «Oh! non, sa robe de noces n'est pas encore arrivée.—Si, tout de suite, sans cérémonie, cela épargnera de l'argent.—De l'argent, épargner de l'argent, quand c'est la noce d'Hoyden! Vertudieu! je donnerai à ma donzelle un dîner de noces, quand je devrais aller brouter l'herbe à cause de cela comme le roi d'Assyrie, et un fameux dîner, qu'on ne pourra pas cuire dans le temps de pocher un œuf. Ah! pauvre fille, comme elle sera effarouchée la nuit des noces! car, révérence parler, elle ne reconnaîtrait pas un homme d'une femme, sauf par la barbe et les culottes[113].» Il se frotte les mains, fait l'égrillard. Plus tard il se grise, il embrasse les dames, il chante, il essaye de danser. «Voilà ma fille; prenez, tâtez, je la garantis, elle pondra comme une lapine apprivoisée[114].» Arrive Foppington, le vrai gendre. Sir Tunbelly, le prenant pour un imposteur, l'appelle chien; Hoyden propose qu'on le traîne dans l'abreuvoir; on lui lie les pieds et les mains, et on le fourre dans le chenil; sir Tunbelly lui met le poing sous le nez, voudrait lui enfoncer les dents jusque dans le gosier. Plus tard, ayant reconnu l'imposteur: «Mylord, dit-il du premier coup, lui couperai-je la gorge, ou sera-ce vous[115]?» Il se démène, il veut tomber dessus à grands coups de poing. Tel est le gentilhomme de campagne, seigneur et fermier, boxeur et buveur, braillard et bête. Il sort de toutes ces scènes un fumet de mangeaille, un bruit de bousculades, une odeur de fumier.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings