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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 102 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

Reading edition

Il y a d'abord le butor, le squire Sullen[102], ou sir John Brute[103], sorte d'ivrogne ignoble «qui, le soir, roule dans la chambre de sa femme en trébuchant comme un passager qui a le mal de mer, entre brutalement au lit, les pieds froids comme de la glace, l'haleine chaude comme une fournaise, les mains et la face aussi grasses que son bonnet de flanelle, renverse les matelas, retrousse le drap par-dessus ses épaules et ronfle[104].»—On lui demande pourquoi il s'est marié?—«Je me suis marié parce que j'avais l'idée de coucher avec elle, et qu'elle ne voulait pas me laisser faire[105].» Il fait de son salon une écurie, fume jusqu'à l'empester pour en chasser les femmes, leur jette sa pipe à la tête, boit, jure et sacre. Les gros mots, les malédictions coulent dans sa conversation comme les ordures dans un ruisseau. Il se soûle au cabaret et hurle: «Au diable la morale, au diable la garde! et que le constable soit marié!» Il crie qu'il est Anglais, homme libre; il veut sortir et tout casser[106]. «Laissez-moi donc tranquille avec ma femme et votre maîtresse, je les donne au diable toutes les deux de tout mon cœur, et toutes les jambes qui traînent une jupe, excepté quatre braves drôlesses, et Betty Sands en tête, qui se grisent avec lord Rake et moi cinq fois par semaine[107].» Il sort de l'auberge avec des chenapans avinés, et court sus aux femmes à travers les rues. Il détrousse un tailleur qui portait une soutane, s'en habille, rosse la garde. On l'empoigne et on le mène au constable; il déblatère en chemin, et finit, au milieu de ses hoquets et de ses rabâchages d'ivrogne, par proposer au constable d'aller pêcher quelque part ensemble une bouteille et une fille. Il rentre enfin «couvert de sang et de boue,» grondant comme un dogue, les yeux gonflés, rouge, appelant sa nièce salope et sa femme menteuse. Il va à elle, l'embrasse de force, et comme elle se détourne: «Ah! ah! je vois que cela vous fait mal au cœur. Eh bien! justement à cause de cela, embrassez-moi encore une fois.» Là-dessus il la chiffonne et la bouscule: «Bon; maintenant que vous voilà aussi sale et aussi torchonnée que moi, les deux cochons font la paire[108].» Il veut prendre la théière dans une armoire, enfonce la porte d'un coup de pied, et découvre le galant de sa femme avec celui de sa nièce. Il tempête, vocifère de sa langue pâteuse un radotage d'imbécile, puis tout d'un coup tombe endormi. Son valet arrive et charge sur son dos cette carcasse inerte[109]. C'est le portrait du pur animal, et je trouve qu'il n'est pas beau.

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