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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 85 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Ce qu'il y a de bien réel en tout cela, c'est la sensualité, non pas ardente, mais leste et gaie; il y a telle pièce sur une chute qu'un abbé de cour sous Louis XV eût pu écrire: «Ne rougissez pas, belle, ne prenez pas l'air sévère; que pouvait faire l'amant, hélas! sinon fléchir quand tout son ciel sur lui s'appuyait? Son tort unique, s'il en eut un, fut de vous laisser vous relever trop tôt[85].» D'autres mots se sentent de l'entourage et ne sont point assez polis. «Amoret, s'écrie-t-il, vous aussi douce, aussi bonne que le mets le plus délicieux, qui, à peine goûté, verse dans le cœur la vie et la joie[86].» Je ne serais pas satisfait, si j'étais femme, d'être comparée à un beefsteak, même appétissant; je n'aimerais pas davantage à me voir, comme Sacharissa, mise au niveau du bon vin qui porte à la tête[87]: c'est trop d'honneur pour le porto et pour la viande. Le fond anglais perçait ici et ailleurs; par exemple, la belle Sacharissa, qui n'était plus belle, ayant demandé à Waller s'il ferait encore des vers pour elle: «Oui, madame, répondit-il, quand vous serez aussi jeune et aussi belle qu'autrefois.» Voilà de quoi scandaliser un Français. Néanmoins Waller est d'ordinaire aimable; une sorte de lumière brillante flotte comme une gaze autour de ses vers; il est toujours élégant, souvent gracieux. Cette grâce est comme le parfum qui s'exhale du monde; les fraîches toilettes, les salons parés, l'abondance et la recherche de toutes les commodités délicates mettent dans l'âme une sorte de douceur qui se répand au dehors en complaisances et en sourires; Waller en a, et des plus caressants, à propos d'un bouton, d'une ceinture, d'une rose. Ces sortes de bouquets conviennent à sa main et à son art. Il y a une galanterie exquise dans ses stances à la petite lady Lucy Sidney sur son âge. Et quoi de plus attrayant pour un homme de salon, que ce frais bouton de jeunesse encore fermé, mais qui déjà rougit et va s'ouvrir? «Pourtant, charmante fleur, ne dédaignez pas cet âge que vous allez connaître si tôt; le matin rose laisse sa lumière se perdre dans l'éclat plus riche du midi[88].» Tous ses vers coulent avec une harmonie, une limpidité, une aisance continues, sans que jamais sa voix s'élève, ou détonne, ou éclate, ou manque au juste accent, sinon par l'affectation mondaine qui altère uniformément tous les tons pour les assouplir. Sa poésie ressemble à une de ces jolies femmes maniérées, attifées, occupées à pencher la tête, à murmurer d'une voix flûtée des choses communes qu'elles ne pensent guère, agréables pourtant dans leur parure trop enrubannée, et qui plairaient tout à fait si elles ne songeaient pas à plaire toujours.

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