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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 83 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Entre ces poëtes, au premier rang, est Edmund Waller, qui vécut et écrivit ainsi jusqu'à quatre-vingt-deux ans: homme d'esprit et à la mode, bien élevé, familier dès l'abord avec les grands, ayant du tact et de la prévoyance, prompt aux reparties, difficile à décontenancer, du reste personnel, de sensibilité médiocre, ayant changé plusieurs fois de parti, et portant fort bien le souvenir de ses volte-faces; bref, le véritable modèle du mondain et du courtisan. C'est lui qui, ayant loué Cromwell, puis Charles II, mais celui-ci moins bien que l'autre, répondait pour s'excuser: «Les poëtes, sire, réussissent mieux dans la fiction que dans la vérité.» Dans cette sorte de vie, les trois quarts des vers sont de circonstance: ils font la menue monnaie de la conversation ou de la flatterie; ils ressemblent aux petits événements et aux petits sentiments d'où ils sont nés. Telle pièce est sur le thé, telle autre sur un portrait de la reine: il faut bien faire sa cour; d'ailleurs «Sa Majesté a commandé les vers.» Une dame lui fait cadeau d'une plume d'argent, vite un remercîment rimé; une autre peut dormir à volonté, vite un couplet enjoué; un faux bruit se répand qu'elle vient de se faire peindre, vite des stances sur cette grosse affaire. Un peu plus loin, il y aura des vers à la comtesse de Carlisle sur sa chambre, des condoléances à lord Northumberland sur la mort de sa femme, un joli mot sur une dame qui a été pressée dans la foule, une réponse, couplet pour couplet, à des vers de sir John Suckling. Il prend au vol les frivolités, les nouvelles, les bienséances, et sa poésie n'est qu'une conversation écrite, j'entends la conversation qu'on fait au bal, quand on parle pour parler, en relevant une boucle de perruque ou en tortillant un gant glacé. La galanterie, comme il convient, en a la plus grande part, et on se doute bien que l'amour n'y est pas trop sincère. Au fond, Waller soupire avec réflexion (Sacharissa avait une belle dot), à tout le moins par convenance; ce qu'il y a de plus visible dans ses poëmes tendres, c'est qu'il souhaite écrire coulamment et bien rimer. Il est affecté, il exagère, il fait de l'esprit, il est auteur. Il s'adresse à la suivante, «sa compagne de servage,» n'osant s'adresser à Sacharissa elle-même. «Ainsi, dans les nations qui adorent le soleil, un Persan modeste, un Maure aux yeux affaiblis n'ose point élever ses regards éblouis au delà du nuage doré qui, sous la lumière du dieu triomphant, orne le ciel oriental, et, honoré de ses rayons, dépasse en splendeur tout le reste[83].» Bonne comparaison! Voilà une révérence bien faite: j'espère que Sacharissa répond par une révérence aussi correcte. Ses désespoirs sont du même goût; il perce de ses cris les allées de Penshurst, «raconte sa flamme aux hêtres,» et les hêtres bien appris «inclinent leurs têtes par compassion.» Il est probable que dans ces promenades douloureuses son plus grand soin était de ne pas mouiller ses souliers à talons. Ces transports d'amour amènent les machines classiques, Apollon, les Muses; Apollon est fâché qu'on maltraite un de ses serviteurs, lui dit de s'en aller, et il s'en va en effet, disant à Sacharissa qu'elle est plus dure qu'un chêne, et que certainement elle est née d'un rocher[84].

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