Note 44 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.
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Mais ce qui est véritablement unique, et le plus extraordinaire des signes de ce temps, c'est qu'au milieu de ces provocations nulle circonstance repoussante n'est omise, et que le conteur semble tenir autant à nous dégoûter qu'à nous dépraver[44]. À chaque instant, les élégants, même les dames, mettent en tiers dans la conversation ce qui, depuis le seizième siècle, accompagne l'amour. Dapperwitt, en offrant Lucy, dit pour excuser les retards: «Laissez-lui le temps de mettre sa longue mouche sous l'œil gauche et de corriger son haleine avec un peu d'écorce de citron[45].» Lady Flippant, seule dans le parc, s'écrie: «Malheureuse femme que je suis! j'ai quitté le troupeau pour mettre les chiens à mes trousses, et pas un vagabond ivrogne qui vienne trébucher sur mon chemin! Les mendiantes en loques, les ramasseuses de cendres ont meilleure chance que moi.[46]» Ce sont là les morceaux les plus doux, jugez des autres! Il prend à tâche de révolter même les sens; l'odorat, les yeux, tout souffre devant ses pièces; il faut que ses auditeurs aient eu des nerfs de matelot. Et c'est de cet abîme que la littérature anglaise est remontée jusqu'à la sévérité morale, jusqu'à la décence excessive qu'elle s'impose aujourd'hui! Ce théâtre est comme une guerre déclarée à toute beauté, à toute délicatesse. Si Wycherley emprunte à quelque écrivain un personnage, c'est pour le violenter ou le dégrader jusqu'au niveau des siens. S'il imite l'Agnès de Molière[47], il la marie afin de profaner le mariage, lui ôte l'honneur, bien plus la pudeur, bien plus encore la grâce, change sa tendresse naïve en instinct éhonté et en confessions scandaleuses[48]. S'il prend la Viola de Shakspeare[49], c'est pour la traîner dans des bassesses d'entremetteuse, parmi les brutalités et les coups de main. S'il traduit le rôle de Célimène, il efface d'un trait les façons de grande dame, les finesses de femme, le tact de maîtresse de maison, la politesse, le grand air, la supériorité d'esprit et de savoir-vivre, pour mettre à la place l'impudence et les escroqueries d'une courtisane «forte en gueule.» S'il invente une fille presque honnête, Hippolyta, il commence par lui mettre dans la bouche des paroles telles qu'on n'en peut rien transcrire. Quoi qu'il fasse et quoi qu'il dise, qu'il crée ou qu'il copie, qu'il blâme ou qu'il loue, son théâtre est une diffamation de l'homme, qui rebute en même temps qu'elle attire, et qui écœure quand elle corrompt.