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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 30 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Dryden, qui un des premiers[30] entre dans cette voie, n'y entre pas résolument. Une sorte de fumée lumineuse, reste de l'âge précédent, plane encore sur son théâtre. Sa riche imagination le retient à demi dans la comédie romanesque. Un jour il arrange le Paradis de Milton, la Tempête et le Troilus de Shakspeare. Un autre jour, dans l'Amour au Couvent, dans le Mariage à la mode, dans le Faux Astrologue, il imite les imbroglios et les surprises espagnoles. Il a tantôt des images éclatantes et des métaphores exaltées comme les vieux poëtes nationaux, tantôt des figures recherchées et de l'esprit pointillé comme Calderon et Lope. Il mêle le tragique et le plaisant, les renversements de trônes et les peintures de mœurs. Mais dans ce compromis maladroit l'âme poétique de l'ancienne comédie a disparu: il n'en reste que le vêtement et la dorure. L'homme nouveau se montre grossier et immoral, avec ses instincts de laquais sous ses habits de grand seigneur, d'autant plus choquant que Dryden en cela contrarie son talent, qu'il est au fond sérieux et poëte, qu'il suit la mode et non sa pensée, qu'il fait le libertin par réflexion, et pour se mettre au goût du jour[31]. Il polissonne maladroitement et dogmatiquement; il est impie sans élan, en périodes développées. Un de ses galants s'écrie: «Est-ce que l'amour sans le prêtre et l'autel n'est pas l'amour? Le prêtre est là pour son salaire et ne s'inquiète pas des cœurs qu'il unit. L'amour seul fait le mariage[32].»—«Je voudrais, dit Hippolyte, qu'il y eût un bal en permanence dans notre cloître, et que la moitié des jolies nonnes y fût changée en hommes pour le service des autres[33].» Nul ménagement, nul tact. Dans son Moine espagnol, la reine, assez honnête femme, dit à Torrismond qu'elle va faire tuer le vieux roi détrôné pour l'épouser, lui Torrismond, plus à son aise. Bientôt on leur annonce le meurtre: «Maintenant, dit la reine, marions-nous. Cette nuit, cette heureuse nuit, est à vous et à moi[34].» À côté de cette tragédie sensuelle, l'intrigue comique, poussée jusqu'aux familiarités les plus lestes, étale l'amour d'un cavalier pour une femme mariée qui à la fin se trouve être sa sœur. Dryden ne trouve dans ce dénoûment rien qui froisse son cœur. Il a perdu jusqu'aux plus vulgaires répugnances de la pudeur naturelle. Quand il traduit une pièce hasardée, Amphitryon, par exemple, il la trouve trop modeste; il en ôte les adoucissements, il en alourdit le scandale. «Le roi et le prêtre, dit Jupiter, sont en quelque manière contraints par convenance d'être des hypocrites bien masqués[35].» Là-dessus, le dieu étale crûment son despotisme. Au fond, ses sophismes et son impudence sont pour Dryden un moyen de décrier par contre-coup les théologiens et leur Dieu arbitraire. «Un pouvoir absolu, dit Jupiter, ne peut faire de mal. Je n'en puis faire à moi-même, puisque c'est ma volonté que je fais, ni aux hommes, puisque tout ce qu'ils ont est à moi. Cette nuit je jouirai de la femme d'Amphitryon, car lorsque je la fis, je décrétai que mon bon plaisir serait de l'aimer. Ainsi je ne fais point de tort à son mari, car je me suis réservé le droit de l'avoir tant qu'elle me plairait[36].» Cette pédanterie ouverte se change en luxure ouverte sitôt qu'il voit Alcmène. Nul détail n'est omis: Jupiter lui dit tout, et devant les suivantes, et le lendemain, quand il sort, elle fait pis que lui, elle s'accroche à lui, elle entre dans des peintures intimes. Toutes les façons royales de la haute galanterie ont été arrachées comme un vêtement incommode; c'est le sans-gêne cynique au lieu de la décence aristocratique; la scène est écrite d'après Charles II et la Castlemaine[37] au lieu d'être écrite d'après Louis XIV et Mme de Montespan.

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