Note 401 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.
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Si le premier soin du Français en société est d'être aimable, celui de l'Anglais est de rester digne; leur tempérament les porte à l'immobilité, comme le nôtre nous porte aux gestes; et leur plaisanterie est aussi grave que la nôtre est gaie. Le rire chez eux est tout en dedans; ils évitent de se livrer; ils s'amusent silencieusement. Consentez à comprendre ce genre d'esprit, il finira par vous plaire. Quand le flegme est joint à la douceur, comme dans Addison, il est aussi agréable que piquant. On est charmé de rencontrer un homme enjoué et pourtant maître de lui-même. On est tout étonné de voir ensemble deux qualités aussi contraires. Chacune d'elles rehausse et tempère l'autre. On n'est point rebuté par l'âcreté venimeuse, comme dans Swift, ou par la bouffonnerie continue, comme dans Voltaire. On jouit avec une complaisance entière de la rare alliance qui assemble pour la première fois la tenue sérieuse et la bonne humeur. Lisez cette petite satire contre le mauvais goût du théâtre et du public[401]. «Rien n'a plus amusé la ville, dans ces dernières années, que le combat du signor Nicolini contre un lion, à Haymarket, spectacle qui a été donné fort souvent, à la satisfaction générale de la noblesse haute et basse, dans le royaume de la Grande-Bretagne.... Le premier lion était un moucheur de chandelles, homme d'un naturel colérique et entêté qui outrepassait son rôle, et ne se laissait pas tuer aussi aisément qu'il l'aurait dû.... Le second lion était un tailleur par métier, appartenant au théâtre, et qui avait dans sa profession le renom d'homme doux et paisible. Si le premier était trop furieux, celui-ci était trop mouton, tellement qu'après une courte et modeste promenade sur les planches, il se laissait tomber au premier attouchement d'Hydaspe, sans lutter avec lui ou lui donner l'occasion de déployer toute la variété de ses postures italiennes. On dit, à la vérité, qu'un jour il lui fit une déchirure dans son pourpoint couleur de chair, mais c'était seulement pour se procurer de l'ouvrage et en sa qualité particulière de tailleur.... Le lion qui joue à présent est, à ce que j'apprends, un gentleman de province qui fait cela pour son amusement, mais souhaite que son nom reste caché. Il allègue très-noblement comme excuse qu'il ne joue pas pour le gain; qu'il se livre à un plaisir innocent; qu'il vaut mieux passer sa soirée de cette façon qu'à jouer ou à boire.... Le caractère de ce gentleman est un si heureux mélange de douceur et de férocité qu'il surpasse ses deux prédécesseurs et attire de plus grandes foules de spectateurs qu'on n'en vit de mémoire d'homme.... J'ai raconté ce combat du lion pour montrer quels sont à présent les divertissements favoris des gens bien élevés de la Grande-Bretagne.»