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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 385 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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En pareil sujet, ces habitudes choquent. Il ne faut pas vouloir trop définir et prouver Dieu; la religion est plutôt une affaire de sentiment que de science; on la compromet quand on exige d'elle des démonstrations trop rigoureuses et des dogmes trop précis. C'est le cœur qui voit le ciel; si vous voulez m'y faire croire, comme vous me faites croire aux antipodes par des récits et des vraisemblances géographiques, j'y croirai mal ou je n'y croirai point. Addison n'a guère que des arguments de collége ou d'édification assez semblables à ceux de l'abbé Pluche, qui laissent les objections entrer par toutes leurs fentes, et qu'il ne faut prendre que comme des exercices de dialectique ou comme des sources d'émotion. Joignez-y des motifs d'intérêt et des calculs de prudence qui peuvent faire des recrues, mais non des convertis: voilà ses preuves. On trouve un fonds de grossièreté dans cette façon de traiter les choses divines, et on aime encore moins l'exactitude avec laquelle il explique Dieu, le réduisant à n'être qu'un homme agrandi. Cette netteté et cette étroitesse vont jusqu'à décrire le ciel. «Il est un endroit où la Divinité se dévoile par une gloire supérieure et visible. C'est là que, selon l'Écriture, les hiérarchies célestes et les légions innombrables des anges entourent perpétuellement le trône de Dieu de leurs alleluias et de leurs hymnes de gloire.... Avec quel art doit être élevé le trône de Dieu! Combien grande doit être la majesté d'un lieu où tout l'art de la création a été employé et que Dieu a choisi pour se manifester de la façon la plus magnifique! Quelle doit être cette architecture élevée par la puissance infinie, sous la direction de la sagesse infinie[385]!» De plus, l'endroit doit être très-grand, et on y fait de la musique; c'est un beau palais: probablement, n'est-ce pas, il y a des anti-chambres? C'en est assez, je n'y veux point aller.—La même précision littérale et lourde lui fait rechercher quelle espèce de bonheur auront les élus[386]. Ils seront admis dans les conseils de la Providence et comprendront toutes ses démarches «depuis le commencement jusqu'à la fin des temps.» De plus «il y a certainement dans les esprits une faculté par laquelle ils se perçoivent les uns les autres, comme nos sens font des objets matériels, et il n'est pas douteux que nos âmes, quand elles seront délivrées de leurs corps ou placées dans des corps glorieux, pourront par cette faculté, en quelque partie de l'espace qu'elles résident, apercevoir toujours la présence divine[387].» Vous répugnez à cette philosophie si basse. Un mot d'Addison va la justifier et vous la faire entendre: «L'affaire du genre humain dans cette vie, dit-il, est bien plutôt d'agir que de savoir[388].» Or, une pareille philosophie est aussi utile dans l'action que plate dans la science. Toutes ses fautes en spéculation deviennent des mérites en pratique. Elle suit terre à terre la religion positive[389]: quel appui pour elle que l'autorité d'une tradition ancienne, d'une institution nationale, d'un clergé établi, de cérémonies visibles, d'habitudes journalières! Elle emploie pour arguments l'utilité publique, l'exemple des grands hommes, la grosse logique, l'interprétation littérale et les textes palpables; quel meilleur moyen de gouverner la foule que de rabaisser les preuves jusqu'à la vulgarité de son intelligence et de ses besoins! Elle humanise Dieu: n'est-ce pas la seule voie de le faire entendre? Elle définit presque sensiblement la vie future: n'est-ce pas la seule voie pour la faire désirer? La poésie des grandes inductions philosophiques est faible auprès de la persuasion intime enracinée par tant de descriptions positives et détaillées. Ainsi naît la piété active, et la religion ainsi faite double la trempe du ressort moral. Celle d'Addison est belle, tant elle est forte. L'énergie du sentiment sauve les misères du dogme. Sous ses dissertations on sent qu'il est ému; les minuties, la pédanterie disparaissent. On ne voit plus en lui qu'une âme pénétrée jusqu'au fond d'adoration et de respect; ce n'est plus un prédicateur qui aligne les attributs de Dieu et fait son métier de bon logicien: c'est un homme qui naturellement et par sa seule pente revient devant un spectacle auguste, en parcourt avec vénération tous les aspects, et ne le quitte que le cœur renouvelé ou confondu. Il n'y a pas jusqu'à des prescriptions de catéchisme que la sincérité de ses émotions ne rende respectables. Il demande des jours fixes de dévotion et de méditation qui puissent régulièrement nous rappeler à la pensée de notre Créateur et de notre foi. Il insère des prières dans ses feuilletons. Il interdit les jurons en nous recommandant d'avoir perpétuellement présente l'idée du souverain Maître. «Cet hommage habituel bannirait d'entre nous l'impiété à la mode qui consiste à employer son nom dans les occasions les plus triviales.... Ce serait un affront pour la raison que de mettre en lumière l'horreur et le sacrilége d'une telle pratique[390].» Un Français, au premier mot, entendant qu'on lui défend de jurer, rirait peut-être: à ses yeux, c'est là une affaire de bon goût, non de morale. Mais s'il entendait Addison lui-même prononcer ce que je viens de traduire, il ne rirait plus.

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