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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 379 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Figurez-vous maintenant cet esprit moyen par excellence, tout occupé à découvrir de bons motifs d'action. Quel personnage réfléchi, toujours égal et digne! Comme il est muni de résolutions et de maximes! Tout ce qui est verve, instinct, inspiration, caprice, est en lui aboli ou discipliné. Il n'y a point de cas qui le surprenne ou l'emporte. Il est toujours préparé et à l'abri. Il l'est si bien qu'il semble un automate. Le raisonnement l'a figé et envahi. Voyez, par exemple, de quel style il nous met en garde contre l'hypocrisie involontaire, annonçant, expliquant, distinguant les moyens en ordinaires et en extraordinaires, se traînant en exordes, en préparations, en exposés de méthodes, en commémorations de la sainte Écriture[379]. Après six lignes de cette morale, un Français irait prendre l'air dans la rue. Que ferait-il, bon Dieu! si pour l'exciter à la piété on l'avertissait[380] que l'omniscience et l'omniprésence de Dieu nous fournissent trois sortes de motifs, et si on lui développait démonstrativement ces trois sortes, la première, la seconde et la troisième? Mettre partout le calcul, arriver avec des poids et des chiffres au milieu des passions vivantes, les étiqueter, les classer comme des ballots, annoncer au public que l'inventaire est fait, le mener, comptes en main et par la seule vertu de la statistique, du côté de l'honneur et du devoir, voilà la morale chez Addison et en Angleterre. C'est une sorte de bon sens commercial appliqué aux intérêts de l'âme; un prédicateur là-bas n'est qu'un économiste en rabat, qui traite de la conscience comme des farines, et réfute le vice comme les prohibitions.

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