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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Note 372 — LIVRE III. L'ÂGE CLASSIQUE.

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Essayons de décrire cette raison qui peu à peu s'est dégagée du puritanisme et de sa rigidité, de la Restauration et de son carnaval. En même temps que la religion et l'État, l'esprit atteint son équilibre. Il conçoit la règle et discipline sa conduite; il s'écarte de la vie excessive et s'établit dans la vie sensée; il fuit la vie corporelle et prescrit la vie morale. Addison rejette avec dédain la grosse joie physique, le plaisir brutal du bruit et du mouvement[372]. «Est-il possible,» dit-il en parlant des farces et des assauts de grimaces, «que la nature humaine se réjouisse de sa honte, prenne plaisir à voir sa propre figure tournée en ridicule et travestie en des formes qui excitent l'horreur et l'aversion? Il y a quelque chose de bas et d'immoral à pouvoir supporter une telle vue[373].» À plus forte raison s'élève-t-il contre la licence sans naïveté et la débauche systématique qui fut le goût et l'opprobre de la Restauration. Il écrit des articles entiers contre les jeunes gens à la mode, «sorte de vermine» qui remplit Londres de ses bâtards; contre les séducteurs de profession, qui sont les «chevaliers errants» du vice. «Quand des gens de rang et d'importance emploient leur vie à ces pratiques et à ces poursuites criminelles, ils devraient considérer qu'il n'y a point d'homme si bas par sa condition et sa naissance au-dessous duquel leur infamie ne les dégrade[374].» Il raille sévèrement les femmes qui s'exposent aux tentations et qu'il appelle des salamandres: «Une salamandre est une sorte d'héroïne de chasteté qui marche sur le feu et vit au milieu des flammes sans être brûlée. Elle reçoit auprès de son lit un homme qui vient lui faire visite, joue avec lui toute une après-midi au piquet, se promène avec lui deux ou trois heures au clair de la lune, devient familière avec un étranger dès la première vue, et n'a pas l'étroitesse d'esprit de regarder si la personne à qui elle parle a des culottes ou des jupons[375].» Il combat en prédicateur l'usage des robes décolletées, et redemande gravement la chemisette et la décence des anciens jours: «La modestie donne à la jeune fille une beauté plus grande que la fleur de la jeunesse, répand sur l'épouse la dignité d'une matrone, et rétablit la veuve dans sa virginité[376].» Vous trouverez plus loin des semonces sur les mascarades qui finissent en rendez-vous; des préceptes sur le nombre de verres qu'on peut boire et des plats qu'on peut manger; des condamnations contre les libertins professeurs d'irréligion et de scandale; toutes maximes aujourd'hui un peu plates, mais nouvelles et utiles, parce que Wycherley et Rochester avaient mis les maximes contraires en pratique et en crédit. La débauche passait pour française et de bel air; c'est pourquoi Addison proscrit par surcroît toutes les frivolités françaises. Il se moque des femmes qui reçoivent les visiteurs à leur toilette et parlent haut au théâtre. «Rien ne les expose à de plus grands dangers que cette gaieté et cette vivacité d'humeur. La conversation et les manières des Français travaillent à rendre le sexe plus frivole ou (comme il leur plaît de l'appeler) plus éveillé que ne le permettent la vertu et la discrétion. Au contraire, le souci de toute femme honnête et sage doit être d'empêcher que son enjouement ne dégénère en légèreté[377].» Vous voyez déjà dans ces reproches le portrait de la ménagère sensée, de l'honnête épouse anglaise, sédentaire et grave, tout occupée de son mari et de ses enfants. Addison revient à vingt reprises contre les manéges, les jolies enfances affectées, la coquetterie, les futilités des dames. Il ne peut souffrir les habitudes évaporées ou oisives. Il abonde en épigrammes développées contre les galanteries, les toilettes exagérées, les visites vaines[378]. Il écrit le journal satirique de l'homme qui va au club, apprend les nouvelles, bâille, regarde le baromètre, et croit son temps bien rempli. Il juge que notre temps est un capital, nos occupations des devoirs et notre vie une affaire.

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