Note 95 — LIVRE PREMIER CELTES.—IBÈRES.—ROMAINS (continued 2)
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L'homme qui proclama, au nom de cette Église, l'indépendance de la moralité humaine, ne nous est connu que par le surnom grec Pélagios (l'Armoricain, c'est-à-dire l'homme des rivages de la mer[95]). On ne sait si c'était un laïque ou un moine. On avoue que sa vie était irréprochable. Son ennemi, saint Jérôme, représente ce champion de la liberté comme un géant, il lui attribua la force, la taille, les épaules de Milon le Crotoniate. Il parlait avec peine, et pourtant sa parole était puissante[96]. Obligé par l'invasion des barbares de se réfugier dans l'Orient, il y enseigna ses doctrines et fut attaqué par ses anciens amis, saint Jérôme et saint Augustin. Dans la réalité, Pélage, en niant le péché originel[97], rendait la rédemption inutile et supprimait le christianisme[98]. Saint Augustin, qui avait passé sa vie jusque-là à soutenir la liberté contre le fatalisme manichéen, en employa le reste à combattre la liberté, à la briser sous la grâce divine, au risque de l'anéantir. Le docteur africain fonda, dans ses écrits contre Pélage, ce fatalisme mystique, qui devait se reproduire tant de fois au moyen âge, surtout dans l'Allemagne, où il fut proclamé par Gotteschalk, Tauler, et tant d'autres, jusqu'à ce qu'il vainquît par Luther.