Note 346 — LIVRE IV
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La forme seule des lettres d'Abailard et d'Héloïse indique combien la passion d'Héloïse obtenait peu de retour. Il divise et subdivise les lettres de son amante; il y répond avec méthode et par chapitres. Il intitule les siennes: «À l'épouse de Christ, l'esclave de Christ.» Ou bien: «À sa chère sœur en Christ, Abailard, son frère en Christ.» Le ton d'Héloïse est tout autre: «À son maître, non, à son père; à son époux, non, à son frère; sa servante, son épouse, non, sa fille, sa sœur; à Abailard, Héloïse[346]!» La passion lui arrache des mots qui sortent tout à fait de la réserve religieuse du douzième siècle: «Dans toute situation de ma vie, Dieu le sait, je crains de t'offenser plus que Dieu même; je désire te plaire plus qu'à lui. C'est ta volonté, et non l'amour divin, qui m'a conduite à revêtir l'habit religieux[347].» Elle répéta ces étranges paroles à l'autel même. Au moment de prendre le voile, elle prononça les vers de Cornélie dans Lucain: «Ô le plus grand des hommes, ô mon époux, si digne d'un si noble hyménée! Faut-il que l'insolente fortune ait pu quelque chose sur cette tête illustre? C'est mon crime, je t'épousai pour ta ruine! je l'expierai du moins, accepte cette immolation volontaire[348]!»