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Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 2 / 10)

Note 331 — LIVRE IV

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Les prodigieux succès d'Abailard s'expliquent aisément. Il semblait que pour la première fois l'on entendait une voix libre, une voix humaine. Tout ce qui s'était produit dans la forme lourde et dogmatique de l'enseignement clérical, sous la rude enveloppe du latin du moyen âge, apparut dans l'élégance antique, qu'Abailard avait retrouvée. Le hardi jeune homme simplifiait, expliquait, popularisait, humanisait[331]. À peine laissait-il quelque chose d'obscur et de divin dans les plus formidables mystères. Il semblait que jusque-là l'Église eût bégayé, et qu'Abailard parlait. Tout devenait doux et facile; il traitait poliment la religion, la maniait doucement, mais elle lui fondait dans la main. Il ramenait la religion à la philosophie, la morale à l'humanité[332]. Le crime n'est pas dans l'acte, disait-il, mais dans l'intention, dans la conscience. Ainsi plus de péché d'habitude ni d'ignorance. Ceux-là même n'ont pas péché qui ont crucifié Jésus, sans savoir qu'il fût le Sauveur. Qu'est-ce que le péché originel? Moins un péché qu'une peine. Mais alors pourquoi la Rédemption, la Passion, s'il n'y a pas eu péché? C'est un acte de pur amour. Dieu a voulu substituer la loi de l'amour à celle de la crainte.

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