← Table of contents
Histoire de France 814-1189 (Volume 2/19)

Note 443 — LIVRE IV

Reading edition

Le premier, suzerain du second, conserve généralement une certaine majesté immobile[443]. Il est calme et insignifiant en comparaison de son rival. Si vous exceptez les petites guerres de Louis le Gros et la triste croisade de Louis VII que nous allons raconter, le roi de France semble enfoncé dans son hermine; il régente le roi d'Angleterre, comme son vassal et son fils; méchant fils qui bat son père. Le descendant de Guillaume le Conquérant[444], quel qu'il soit, c'est un homme rouge, cheveux blonds et plats, gros ventre, brave et avide, sensuel et féroce, glouton et ricaneur, entouré de mauvaises gens, volant et violant, fort mal avec l'Église. Il faut dire aussi qu'il n'a pas si bon temps que le roi de France. Il a bien plus d'affaires; il gouverne à coups de lance trois ou quatre peuples dont il n'entend pas la langue. Il faut qu'il contienne les Saxons par les Normands, les Normands par les Saxons, qu'il repousse aux montagnes Gallois et Écossais. Pendant ce temps-là, le roi de France peut de son fauteuil lui jouer plus d'un tour. Il est son suzerain d'abord; il est fils aîné de l'Église, fils légitime; l'autre est le bâtard, le fils de la violence. C'est Ismaël et Isaac. Le roi de France a la loi pour lui, cette vieille mère avec son frein rouillé, qu'on appelle la loi[445]. L'autre s'en moque; il est fort, il est chicaneur, en sa qualité de Normand. Dans ce grand mystère du XIIe siècle, le roi de France joue le personnage du bon Dieu, l'autre celui du Diable. Sa légende généalogique le fait remonter d'un côté à Robert le Diable, de l'autre à la fée Mélusine. «C'est l'usage dans notre famille, disait Richard Cœur de Lion, que les fils haïssent le père; du diable nous venons, et nous retournons au diable[446].» Patience, le roi du bon Dieu aura son tour. Il souffrira beaucoup sans doute; il est né endurant: le roi d'Angleterre peut lui voler sa femme et ses provinces[447]; mais il recouvrera tout un matin. Les griffes lui poussent sous son hermine. Le saint homme de roi sera tout à l'heure Philippe-Auguste ou Philippe le Bel.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings