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Histoire de France 814-1189 (Volume 2/19)

Note 415 — LIVRE IV

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Celui qui commença cette révolution n'était pas un prêtre; c'était un beau jeune homme[415] brillant, aimable, de noble race[416]. Personne ne faisait comme lui des vers d'amour en langue vulgaire; il les chantait lui même. Avec cela, une érudition extraordinaire pour le temps: lui seul alors savait le grec et l'hébreu. Peut-être avait-il fréquenté les écoles juives (il y en avait plusieurs dans le Midi), ou les rabbins de Troyes, de Vitry ou d'Orléans. Il y avait alors deux écoles principales à Paris, la vieille école épiscopale du parvis Notre-Dame, et celle de Sainte-Geneviève, sur la montagne où brillait Guillaume de Champeaux. Abailard vint s'asseoir parmi ses élèves, lui soumit des doutes, l'embarrassa, se joua de lui, et le condamna au silence. Il en eût fait autant d'Anselme de Laon, si le professeur, qui était évêque, ne l'eût chassé de son diocèse. Ainsi allait ce chevalier errant de la dialectique, démontant les plus fameux champions. Il dit lui-même qu'il n'avait renoncé à l'autre escrime, à celle des tournois, que par amour pour les combats de la parole[417]. Vainqueur dès lors et sans rival, il enseigna à Paris et à Melun, où résidait Louis le Gros et où les seigneurs commençaient à venir en foule. Ces chevaliers encourageaient un homme de leur ordre qui avait battu les prêtres sur leur propre terrain, et qui réduisait au silence les plus suffisants des clercs.

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