Note 411 — LIVRE IV
Reading edition
Les champions ne manquèrent pas à l'Église contre les novateurs. Les lombards Lanfranc et saint Anselme, tous deux archevêques de Kenterbury, combattirent Bérenger et Roscelin. Saint Anselme, esprit original, trouva déjà le fameux argument de Descartes pour l'existence de Dieu. Si Dieu n'existait pas, je ne pourrais le concevoir[411]. Ce fut pour lui une grande joie d'avoir fait cette découverte après une longue insomnie. Il inscrivit sur son livre: «L'insensé a dit: Il n'y a pas de Dieu.» Un moine osa trouver la preuve faible, et intituler sa réponse: Petit Livre pour l'insensé[412]. Ces premiers combats n'étaient que des préludes. Grégoire VII défendit qu'on inquiétât Bérenger[413]. C'était alors la querelle des investitures, la lutte matérielle, la guerre contre l'empereur. Une autre lutte allait commencer, bien plus grave, dans la sphère de l'intelligence, lorsque la question descendrait de la politique à la théologie, à la morale, et que la moralité même du christianisme serait mise en question. Ainsi Pélage vint après Arius, Abailard après Bérenger.