Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
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L'hiver amena d'autres soins. Les Slaves attardés commençaient à se rendre par grandes masses à l'appel du kha-kan; chaque jour, les vedettes romaines signalaient de nouveaux mouvements dans les plaines pontiques: l'empereur envoya Priscus garder les passages du Danube, et prendre, s'il y avait lieu, l'offensive contre les Barbares. Au printemps de l'année 593, le général établit ses quartiers à Durostorum, et se prépara à la double éventualité d'une guerre de défense et d'une guerre d'attaque. Il était absorbé dans ces préparatifs, lorsqu'il vit arriver dans son camp une ambassade avare qui avait pour orateur un certain Kokh43, déclamateur barbare, espèce de Commentiole sauvage, dont la mission sans doute était d'effrayer les Romains par la virulence de ses discours. Priscus le reçut au milieu de ses officiers, et le Barbare commença de cette façon: «Dieux! qu'est ceci? Ceux qui faisaient profession de respecter la sainteté des serments les violent sans scrupule; les Romains foulent aux pieds les engagements de la paix; ils jettent au vent le sel des traités; ils ne respectent pas plus leur parole que leurs dieux44. En vérité, le Danube voit un beau spectacle: ce même Priscus, qui signait hier la paix, Priscus, à qui nous avons accordé la vie, est ici en armes contre nous45! Chef Priscus, imite donc l'humanité avec laquelle nous nous sommes conduits envers toi, et songe que nous avons voulu épargner un ami futur et non pas un ennemi... Oh! c'est bien vous, Romains, qui avez formé les Barbares à la méchanceté! Nous n'aurions jamais enfreint les traités, si vous n'aviez pas été nos maîtres dans l'art du mensonge. Quand vous faites la guerre, c'est avec injustice; quand vous faites la paix, c'est pour la rendre incertaine et amère46; mais attendez l'heure de la vengeance: ceux qui nous ont dû merci, apprendront ce qu'on gagne à nous attaquer témérairement...» Puis, apostrophant par une sorte de prosopopée l'empereur absent, le Barbare continua: «Et toi, césar, tu es injuste quand tu emploies la fraude pour tes préparatifs de guerre; c'est un attentat exécrable, l'œuvre d'un brigand et non d'un prince. Il faut que tu déposes la couronne ou que tu cesses de la déshonorer47.» Cette déclamation avait tout simplement pour but d'expliquer que les Slaves devaient être couverts par le traité de paix juré entre les Romains et les Avars, vu que les seconds étaient les maîtres des premiers, et que par conséquent faire la guerre aux Slovènes et aux Antes, c'était la faire au kha-kan. Dix fois pendant le discours de l'orateur, les officiers romains furent tentés de se jeter sur lui et de le châtier d'importance; mais Priscus les arrêta: «Laissez, dit-il, c'est du style et de l'insolence barbares48.» Puis il signifia froidement à l'ambassadeur que ce qu'il faisait ne regardait point les Avars, que les Slaves n'avaient été compris dans aucun traité, et que la paix avec les Avars n'empêcherait pas les Romains de faire la guerre à qui bon leur semblerait. Kokh s'en alla, éclatant en menaces, et Priscus se mit en mesure d'ouvrir aussitôt la guerre offensive, car les Slaves paraissaient faire un temps d'arrêt. Au fond, le kha-kan et lui se comprenaient parfaitement, et Priscus savait bien que battre les Slaves, c'était affaiblir les Avars.