Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
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L'annonce d'une expédition prochaine contre les Avars produisit dans toute la Gaule une émotion de curiosité qui n'était pas exempte d'inquiétude. De tant de guerres que Charlemagne avait accomplies dans toutes les parties de l'Europe, aucune peut-être n'avait excité au même point que celle-ci les puissances de l'imagination. Ici le pays et la nation étaient complétement inconnus, et ce qu'on en apprenait par les livres contemporains répandus en Occident, c'est que les Avars étaient un peuple de sorciers298 qui avait mis en déroute par des artifices magiques, l'armée de Sigebert, époux de Brunehaut, et qui avait failli prendre d'assaut Constantinople, une race de païens pervers dont la rage s'attaquait avant tout aux monastères et aux églises. Les érudits qui connaissaient la filiation des Huns et des Avars en disaient un peu davantage. Confondant le passé et le présent et attribuant la même histoire aux deux branches collatérales des Huns, ils racontaient les dévastations d'Attila, fléau de Dieu, et sa campagne dans les Gaules. A ce nom, que la tradition prétendait connaître mieux encore que l'histoire, les récits devenaient inépuisables, car il était écrit en caractères de sang dans les chroniques des villes et dans les légendes des églises. Metz parlait de son oratoire de Saint Étienne, resté seul debout au milieu des flammes allumées par Attila; Paris rappelait sainte Geneviève, Orléans saint Agnan, Troyes saint Loup; Reims montrait les cadavres décollés de Nicaise et d'Eutropie; Cologne, les ossements accumulés des onze mille compagnes d'Ursule: qui n'avait pas ses martyrs et ses ruines?