Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
Reading edition
La fortune au reste semblait le favoriser: la flotte grecque mettait réellement à la voile, le midi de l'Italie s'armait, une sourde agitation se propageait dans le Nord; il revint à la charge près du kha-kan des Avars à qui cette fois il fit partager ses espérances. Un traité fut conclu entre eux par lequel le kha-kan s'engagea à envoyer, l'année suivante, une armée en Italie et une autre en Bavière; celle-là chargée de se joindre aux Grecs, celle-ci destinée à pousser les Bavarois qui hésiteraient sans doute à se déclarer contre les Franks; l'impulsion une fois donnée, il serait facile d'entraîner la Thuringe et les tribus saxonnes encore frémissantes. Que garantissait ce traité aux Huns qui ne faisaient jamais rien pour rien? On ne le sait pas positivement, mais on peut supposer avec quelque raison que la Bavière leur abandonnait cette frontière de l'Ens qui leur tenait tant au cœur. Ils avaient en outre l'espoir d'un grand butin à prélever, soit sur les amis, soit sur les ennemis. Cette idée de contraindre la Bavière à la guerre contre les Franks par une poussée des Avars appartenait, selon toute apparence, à Liutberg, et dénotait les fureurs impuissantes d'une femme288, mais elle plut médiocrement aux leudes bavarois dont on se jouait ainsi sans vergogne. Les uns, par scrupule religieux, car ils regardaient comme une impiété l'alliance de leur duc avec ces païens contre le protecteur de l'Église: d'autres par scrupule de fidélité politique, car ils avaient juré foi et hommage au roi Charles, et ils tenaient à leur serment; d'autres enfin par admiration pour ce grand roi dont le joug leur paraissait plus acceptable à des hommes que celui d'un vieillard aveuglé et d'une femme, adressèrent des remontrances à Tassilon; mais celui-ci ne les accueillait que par son refrain accoutumé: «Mieux vaut la mort qu'une telle vie.» A ceux qui lui parlaient de leurs serments, il répétait ce qu'il leur avait déjà dit bien des fois, que ces serments-là ne se prêtaient que de bouche et laissaient libre le fond du cœur. On lui objecta aussi les douze otages et son propre fils qu'il avait livrés naguère à Charlemagne, mais à ces mots il s'écria avec colère; «J'aurais six fils entre les mains de cet homme, que je les sacrifierais tous les six plutôt que de tenir mon exécrable serment.289» Les nobles bavarois qui purent trouver mauvais qu'on fît si bon marché de leur vie, dénoncèrent secrètement Tassilon au roi, promettant de fournir en temps et lieu des preuves de leur accusation. Il se joignait à ces intrigues patentes certaines trames ténébreuses qu'on ne connaît pas bien et qui intéressaient les jours du roi: tout lui fut révélé. Le plus profond secret fut gardé sur cette affaire; et au printemps de l'année 788, Charlemagne convoqua Tassilon dans sa villa d'Ingelheim sur les bords du Rhin, comme s'il se fût agi d'une diète ordinaire.