Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
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Charlemagne à ce moment avait fait taire tous ses ennemis, excepté deux (il est vrai qu'ils étaient dignes de ce nom), les Saxons, vassaux mal soumis dont les révoltes étaient périodiques, et l'empire romain d'Orient, appelé plus communément l'empire grec, qui cherchait à recouvrer en Italie tantôt par la guerre, tantôt et le plus souvent par l'intrigue, le territoire et les droits qu'il y avait perdus. C'étaient deux causes d'agitation perpétuelle aux deux extrémités de l'empire frank. On donnait alors le nom de Saxonie à toute la largeur de l'Allemagne actuelle, entre l'Océan germanique et les montagnes de Bohême, et à sa longueur entre la mer Baltique et le Rhin, non pas que les tribus de race saxonne occupassent entièrement ce pays, mais parce qu'elles le dominaient, parce qu'elles avaient réuni presque tous les peuples germains du nord et même plusieurs peuples slaves dans une confédération dont elles étaient l'âme et à qui elles faisaient partager, avec leur aversion contre les Franks, leurs efforts incessants pour en secouer le joug. La confédération saxonne était flanquée à l'ouest et le long de l'Océan par la petite nation des Frisons, au nord et le long de la Baltique par celle des Danois, et à l'est par les tribus sorabes et vendes des bords de l'Elbe supérieur, qui toutes, sans en être membres nominalement, faisaient au fond cause commune avec elle et la secondaient de leurs armes quand elle en avait besoin. Plus à l'est encore la Bavière vassale de la France, mais vassale longtemps réfractaire, flottait incertaine au gré des chances de la guerre, tandis que la Thuringe, partie intégrante de l'empire frank, se débattait encore sourdement sous la main de ses maîtres. Arrière-ban de la Germanie barbare et païenne, qui menaçait d'une nouvelle invasion les contrées du midi soumises à des Germains devenus chrétiens et civilisés, les Saxons se montraient animés d'une double passion de conquête et de fanatisme religieux. En vain les Franks mêlant à leur tour la religion chrétienne et la guerre, forçaient les Saxons vaincus à se faire baptiser et à recevoir des prêtres parmi eux, les Saxons au premier rayon d'espoir relevaient la colonne d'Irmin, l'idole des vieux Germains, et massacraient leurs prêtres chrétiens273. Le pillage de la rive gauche du Rhin était l'accompagnement ordinaire de ces insurrections religieuses. Le sort avait donné pour chef aux Saxons un barbare habile et heureux qui balança quelque temps la fortune de Charlemagne, Witikind, l'Arminius de ce dernier âge de la Germanie.