Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
Reading edition
La cession de la Dalmatie aux Croates fut un appât pour les autres nations slaves: une masse considérable de tribus se mit en mouvement des bords de l'Elbe pour se rendre à l'appel d'Héraclius; elles appartenaient à la confédération des Srp, que les Grecs appelaient Serbles244 et que nous nommons Serbes, confédération de tribus vendes répandues sur les territoires de la Lusace et de la Misnie, et connues encore au moyen âge sous l'appellation de Sorbes et Sorabes. Deux frères venaient d'hériter du pouvoir souverain sur ces tribus, l'un d'eux en entraîna la moitié et émigra avec elles. Héraclius lui céda la Mésie supérieure, la Dacie et la Dardanie245; mais le prince serbe, mécontent de son lot, qu'il trouva ou trop médiocre ou trop voisin de la Pannonie avare, repassa la Save et la Drave pour retourner dans sa patrie. Chemin faisant, il se ravisa et s'adressa à l'officier romain qui commandait sur le Danube, pour obtenir son pardon de l'empereur et en même temps une plus grande étendue de territoire246. Héraclius, désireux de conserver ces émigrés, ajouta à leur première concession la contrée située au sud, depuis les montagnes qui couronnent la Macédoine jusqu'à Dyrrachium et au centre de l'Épire. Ainsi furent créés les États de Servie et de Bosnie. La constitution des Serbes fédérés ressembla beaucoup à celle des Croates; ils gardèrent leurs princes particuliers sous la souveraineté de Byzance et se firent chrétiens. Rome fut aussi leur institutrice religieuse, bien que depuis le schisme ils se soient ralliés à l'église grecque. Le Bas-Danube eut aussi ses émigrants, qui lui vinrent, selon toute probabilité, de la branche des Slaves orientaux. De ce nombre furent sept petits groupes qui s'établirent le long du fleuve, au midi de ses cataractes, et qu'on appela les Sept-Nations, et les Slaves Severenses ou Séwères, qui reçurent un domicile au pied de l'Hémus, un peu au midi de Varna. On compta dès lors en Europe deux Servies comme on comptait deux Croaties: une Servie baptisée et romaine, et la mère-patrie, barbare et païenne, que les Slaves appelèrent Servie-Blanche ou Grande-Servie.