Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
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Cette brutale explication frappa les députés de stupeur. Elpidius, l'un d'eux, ancien préteur de Sicile et versé dans la pratique des affaires, se taisait dans l'attitude d'une profonde consternation15, méditant probablement quelque réponse qui n'irritât point par trop ce barbare intraitable, quand son compagnon prit la parole. C'était un officier supérieur de la garde palatine, nommé Commentiolus, orateur prétentieux, infatué de son mérite, et qui avait gagné son grade de général par le cliquetis de son éloquence verbeuse plus que par celui de son épée. Trouvant là matière à un beau plaidoyer sur la majesté romaine, il adressa au kha-kan cette solennelle allocution: «Kha-kan, lui dit-il, les Romains avaient cru que tu honorais les dieux de tes pères, et que tu craignais les autres dont tu as invoqué le nom en garantie de tes serments16. Ils pensaient aussi que tu te souvenais de l'hospitalité que tes pères errants et fugitifs ont reçue chez nous, et que tu ne rendrais pas le mal pour le bien. Voilà pourtant que tu fais le contraire: tu violes le droit des gens, et tu nous attaques en pleine paix; mais la modération de notre empereur est telle qu'il oublie ta conduite, et qu'il t'offre encore le bien pour le mal. Pourtant, crois-moi, ne lasse pas notre patience; crains d'armer contre toi cette liberté romaine, mère de tant de prodiges dans tous les temps, et, par ton insolence excessive, ne nous force pas à nous rappeler ce que nous sommes et ce que furent nos pères. Les Romains sont grands, ils renferment dans leur empire de puissantes nations, des richesses, des armes, et quand ils veulent récompenser ou châtier, ils récompensent ou châtient. Que te faut-il? De l'argent? Les Romains te prodiguent le leur. Un pays grand et riche? Tel est celui que les Romains t'ont donné. Vous vous trouvâtes heureux dans votre exil, ô Avars, de n'être point rejetés de nos frontières. Vaincu, banni, sans asile, ce peuple roulait vers l'Occident comme le débris d'un édifice renversé, quand nous lui avons ouvert un refuge et donné une place pour s'y asseoir et y mener une vie commode et abondante17. Qu'il n'en sorte pas, qu'il n'empiète pas sur nos frontières! L'empire romain est un grand arbre, au front sublime, aux rameaux immenses, au tronc robuste, à la racine vivace et qui se rit de toutes les tempêtes. Les eaux du ciel l'abreuvent, et une terre féconde le nourrit. Malheur à qui l'attaque, il ne le fera pas longtemps impunément!18»