Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
Reading edition
Enfin tout s'expliqua: la longue absence du patrice avait causé tout le malentendu. Lorsqu'il avait quitté Constantinople aux premières menaces de la guerre, Constantinople était presque sans moyens de défense, et Athanase ne le savait que trop; mais depuis lors, et sans qu'il le sût, les choses avaient changé de face165. Non-seulement les garnisons des villes voisines avaient été concentrées dans la métropole, mais le corps d'armée envoyé par Héraclius était arrivé sans encombre, et de plus les bourgeois, rivalisant d'ardeur avec les soldats, avaient tous pris les armes; en un mot, Constantinople, bien réparée, bien approvisionnée, bien gardée, pouvait attendre désormais ses deux ennemis avec confiance. Voilà ce qu'ignorait Athanase, retenu par le kha-kan dans la plus étroite captivité, et de son côté, le gouvernement de Byzance avait oublié que son ambassadeur devait n'en rien connaître. Après avoir reçu ces explications, et pour réparer sa faute involontaire, le patrice déclara qu'il était prêt à reporter au kha-kan, dût-il la payer de sa tête, une réponse aussi fière qu'on la voudrait166; mais comme il était homme consciencieux jusqu'aux scrupules les plus excessifs, il désira observer par lui-même ces moyens de défense sur lesquels on se fondait pour braver la guerre, et dont il devait en outre attester au kha-kan la réalité. Bonus le fit assister à une revue de la garnison, où il put compter douze mille cavaliers, sans parler de l'infanterie, vraisemblablement plus nombreuse. Ainsi rassuré, le patrice retourna près du kha-kan, auquel il rapporta la réponse des magistrats, à savoir: que les Romains lui conseillaient en amis de ne s'approcher ni des murs ni du territoire de Constantinople. Ces paroles jetèrent le barbare dans un violent transport de colère; il chassa l'ambassadeur de sa présence avec un geste ignominieux: «Va-t-en donc, lui dit-il, va périr avec eux, et répète-leur bien ceci: il faut qu'ils me livrent tout ce qu'ils possèdent; autrement je raserai leur ville, et j'emmènerai ses habitants en esclavage jusqu'au dernier167.»