Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
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On touchait donc au moment tant désiré: l'empereur s'y prépara comme on se prépare à un acte solennel de religion, par la retraite, la prière et le jeûne. Il alla passer l'hiver de 621 à 622 hors de la ville, dans une solitude toute monacale, ne s'occupant que d'affaires, de pratiques dévotes et des derniers soins à donner à sa famille, qu'il aimait tendrement. Là, quand il réfléchissait, dans la méditation et le silence, aux chances de cette grande aventure où il jetait sa vie et la fortune du monde romain, et que la prescience de Dieu pouvait seule calculer, des doutes venaient parfois l'assaillir; mais il les repoussait comme des tentations du démon. Parfois aussi les critiques du dehors, les moqueries des esprits sceptiques, arrivant jusqu'à lui, passaient sur son âme comme un fer chaud136; il se réfugiait alors à l'église, et, prosterné au pied de l'autel le front dans la poussière, il récitait avec larmes ces paroles du psalmiste: «Ne nous livre pas, ô mon Dieu, en risée à nos ennemis, et que l'infidèle n'insulte pas ton héritage!» Il régla tout ce qui concernait le gouvernement de l'État pendant son absence; son fils aîné, Héraclius-Constantin, fut établi régent sous la tutelle d'un conseil formé des hommes les plus éminents de Constantinople, et dont les principaux étaient le patrice Bonus, grand-maître des milices, et le patriarche Sergius, connus tous deux pour leur énergie et leur prudence. Avant de partir, il n'oublia point le kha-kan des Avars. Essayant d'élever ce barbare aux sentiments d'honneur dont lui-même était plein, il lui adressa une lettre touchante par laquelle il lui recommandait le jeune Héraclius-Constantin, le priant de se considérer comme le tuteur de ce cher fils, de le conseiller, de l'aider, de le protéger au besoin137. «Les services que recevraient de lui à cette occasion la famille impériale et l'empire ne resteraient point sans récompense», lui disait-il. Héraclius s'engageait à lui payer, lors de son retour, deux cent mille pièces d'or, et il appuya cet engagement par l'envoi d'otages choisis dans sa famille et dans celle du patrice Bonus138. L'armée et la flotte étant prêtes, l'embarquement fut arrêté pour le 4 avril. Après avoir communié en grande pompe à l'église de Sainte-Sophie, l'empereur se rendit au port directement, tenant avec respect dans ses bras une image de Jésus-Christ que l'on croyait avoir été apportée du ciel par les anges, et qui, disait-on, reproduisait les traits véritables du Dieu fait homme; cette image miraculeuse139 devait être le labarum de la guerre sainte. Lorsque Héraclius, franchissant le pont mobile jeté sur la rive, toucha du pied le navire qui allait l'emporter, une immense acclamation, sortie de la foule qui couvrait les quais, les rues et le toit des maisons, fit trembler la ville et le port; puis la flotte, au lieu de cingler, comme beaucoup s'y attendaient, par la Propontide vers les côtes de la Cilicie, entra à pleines voiles dans la mer Noire, se dirigeant vers les embouchures du Phase140.