Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
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Le lendemain dimanche, au point du jour, le kha-kan arriva sinon tout à fait seul, du moins peu accompagné, une grande partie de ses gens, entraînés par l'ardeur du pillage ou attardés sur la route, manquant au rendez-vous. Malgré ce contre-temps, il se montra confiant et gai. «Sitôt que je paraîtrai, disait-il, Constantinople sera à moi130.» Il déclara pourtant qu'il ne partirait point de sa personne sans avoir rallié les traînards. Au fond, il ne se souciait point de franchir la longue muraille et de figurer dans une expédition de plus en plus incertaine à mesure que le temps s'écoulait. En restant en deçà, il se réservait le droit de désavouer ses soldats, de transformer au besoin son infâme guet-apens en un acte d'indiscipline qu'il n'avait pu maîtriser, et d'invoquer son abstention comme une preuve d'innocence. Ces ruses grossières étaient dans le caractère du kha-kan. Vers la cinquième heure du jour, qui répondrait chez nous à dix heures du matin, il donna le signal du départ en agitant le fouet qu'il tenait à la main, et la légère cavalerie avare s'élança à toute bride sur la route de Constantinople131: au coucher du soleil, elle atteignait le bourg de Mélanthiade, distant de quatre lieues de la ville. Elle y fit halte, tandis que ses éclaireurs allèrent rôder dans la campagne et observer l'état des lieux. Ayant poussé jusqu'à Constantinople, ils la trouvèrent sur ses gardes, les portes fermées, les créneaux garnis de soldats, en un mot, dans l'attitude d'une place décidée à se bien défendre. Les Avars reconnurent là l'ouvrage d'Héraclius, qui en effet était rentré assez à temps pour garantir sa capitale d'un coup de main. Ils ne se hasardèrent point à l'attaquer, mais, tournant à gauche l'enceinte murée et le golfe de Céras, ils se jetèrent sur les riches faubourgs de Sykes, de Blakhernes et de Promotus qui flanquaient la grande cité au nord, et les traitèrent sans miséricorde. La chapelle des saints Côme et Damien, dans le faubourg de Blakhernes, fut réduite en cendres, et dans celui de Promotus la basilique de l'Archange eut sa sainte table brisée et ces ciboires enlevés132. Quelques sorties firent cesser ces ravages, puis les pillards reprirent le chemin de la Thrace, non sans piller encore, tuer, brûler sur leur passage, et traîner avec eux les habitants captifs133. Le kha-kan les ayant rejoints au delà du long mur, ils regagnèrent ensemble les bords de la Save.