Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
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On se rappelle l'état de détresse auquel le second empire hunnique était réduit au moment de cette double mort: Baïan vaincu cinq fois au delà du Danube, ses quatre fils tués, et la Theïsse franchie par les armées romaines. Une ou deux campagnes pareilles à celles-là auraient suffi pour expulser les Avars d'Europe ou du moins pour les cantonner dans quelque coin où il ne leur eût plus été permis de remuer: le meurtre de l'empereur Maurice les sauva. Parmi les accusations que les séditieux, et le centenier Phocas à leur tête, débitaient aux légions de Mésie pour les exciter contre ce prince et les entraîner à la rébellion, avaient figuré au premier rang les dangers, les fatigues, les privations de toute espèce qui accompagnaient les guerres faites au nord du Danube, et qu'on transformait en crimes contre les soldats. Quand la révolte eut réussi et que son chef eut revêtu la pourpre impériale, Phocas césar ne voulut point démentir Phocas centenier. Il retira les troupes de la Dacie pour les rendre à leurs cantonnements de Mésie et de Thrace, et offrit la paix aux Avars. La pension énorme dont Baïan jouissait autrefois, et que Maurice lui avait retirée à cause de ses méfaits, fut promise au nouveau kha-kan, avec une augmentation notable101. Les Avars, qui se croyaient perdus, s'empressèrent d'accepter une pareille paix, qui leur permettait de réparer leurs désastres et ne leur enlevait que la faculté de nuire, dont ils étaient incapables d'user. Ils se relevèrent donc de leur ruine, mais lentement; il fallut qu'une nouvelle génération fût arrivée à l'âge d'homme pour qu'ils osassent se risquer encore contre les Romains, tant la blessure qu'ils avaient reçue était profonde! Évitant donc toute collision avec l'empire, du moins toute collision grave, ils prirent pour but de leurs courses les pays qui les avoisinaient au nord et à l'ouest. Leurs anciens amis les Lombards poursuivaient alors assez péniblement la conquête de la Haute-Italie, et eurent besoin de leur secours: ce fut un débouché ouvert à leur activité turbulente. Le kha-kan leur envoya à plusieurs reprises des auxiliaires de race hunnique ou slave. Ainsi l'on voit figurer en 609 dans l'armée du roi lombard Aghilulf dix mille Slovènes tributaires des Avars, qui prirent part au siége de Crémone et se signalèrent par leur férocité lors du sac de cette ville tant de fois désolée102.