Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
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Furieux, il court vers la Haute-Pannonie, attend l'armée des Avars, la bat et lui enlève tout son butin. La même fureur animait le kha-kan; il appelle à lui toutes ses bandes, et s'élance avec elles vers la Thrace, ne laissant derrière lui qu'un fleuve de sang. Baïan n'était plus un homme, c'était une bête féroce; il sévissait contre les pierres, il déclarait la guerre aux morts. A Drizipère, où il entra cette fois, et dont il fit un monceau de débris, il brûla l'église dédiée à saint Alexandre, qui était en grande vénération dans le pays, dépouilla la sépulture du martyr, toute revêtue de lames d'argent, et dispersa ses ossements70; puis, comme pour célébrer ce beau triomphe, disent les historiens, il alla s'attabler avec ses officiers et passer la nuit en débauches71. Ce fut la vie que menèrent aussi ses soldats dans ces tristes journées de pillage et d'égorgement; mais bientôt la peste se déclara parmi eux72. Dans une seule nuit, Baïan vit mourir sept de ses fils, atteints de bubons pestilentiels dans l'aine73. Ce barbare aimait tendrement ses enfants, et faillit devenir fou de douleur. «Il fallait voir, dit un écrivain du temps, comment la joie triomphale, les chants et le pæan de la victoire firent place tout à coup au deuil, aux larmes, aux interminables gémissements74.» Dans son égarement, le kha-kan s'écriait sans cesse: «Que Dieu juge entre Maurice et moi, entre les Romains et les Avars; il sait ceux qui ont violé la paix75!» L'occasion était favorable pour l'aborder, et des négociateurs romains lui demandèrent une entrevue; mais Baïan resta douze jours sans vouloir les entendre. Enfin, il conclut la paix avec une facilité qui prouvait son profond abattement.