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Histoire d'Attila et de ses successeurs (2/2)

Note (retour) — QUATRIÈME PARTIE.

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C'est bien loin du monde réel et dans des sphères fantastiques que la tradition nous emporte: Troyes a retrouvé des murailles et une garnison que l'évêque commande; le saint fait le guet au-dessus de la porte, et bientôt arrive Attila à la tête d'une armée innombrable. Quoique battu à Châlons (il a fallu mettre le siége de Troyes après cette bataille, pour faire concorder le récit légendaire avec la tradition de l'ermite), le roi des Huns parcourt la Gaule sans obstacle, tuant et détruisant tout comme il lui plaît. Il est fier, insolent, et fait sonner bien haut le titre qu'il vient d'ajouter à tous ses titres, celui de fléau de Dieu. Monté sur son cheval de guerre, il s'approche d'une des portes, frappe avec colère et ordonne impérieusement qu'on lui ouvre. L'évêque, du haut de la muraille434, lui demande qui il est: «Qui es-tu, lui dit-il, toi qui disperses les peuples comme la paille et brises les couronnes sous le sabot de ton cheval?--Je suis, répond celui-ci, Attila, fléau de Dieu435.--Oh! s'écrie l'évêque, sois le bienvenu, fléau du Dieu dont je suis le serviteur! ce n'est pas moi qui t'arrêterai;» et descendant avec son clergé, il ouvre lui-même la porte à deux battants, saisit par la bride le cheval du roi des Huns, et, l'introduisant dans la ville: «Entre, dit-il, fléau de mon Dieu; marche où te pousse le vent des célestes colères436!» Attila entre, et son armée le suit. Ils parcourent les rues, ils traversent les places et les carrefours, ils passent devant les églises et les palais, sous les yeux d'une foule à la fois épouvantée et surprise; ils marchent, mais ils ne voient rien. Un nuage s'est appesanti sur leurs yeux; ils sont aveugles et ne recouvrent la vue qu'au moment où Attila sort de Troyes par la porte opposée437. Dans une des variantes de cette légende, car elle en a beaucoup, l'armée des Huns, en parcourant les rues et les places de la ville, croit cheminer doucement à travers des montagnes et des bois, au milieu de vertes prairies... L'idée du mythe se révèle ici dans toute sa plénitude: le fléau de Dieu, enorgueilli de sa mission de ruine, est enchaîné par le serviteur de Dieu; la bête infernale se courbe sous son dompteur. La légende rapproche et oppose deux figures mythiques dont l'action est corrélative, et qui se complètent l'une par l'autre. Ne parlez plus de réalité, ne parlez plus d'histoire; ce n'est plus Loup évêque de Troyes, ce n'est plus Attila roi des Huns, c'est le fléau de Dieu qui, rencontrant un saint sur son passage, voit s'évanouir sa puissance devant une puissance supérieure: l'œuvre de miséricorde a vaincu l'œuvre de justice.

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