Note (retour) — QUATRIÈME PARTIE.
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Cette étymologie historique parut trop simple aux Strasbourgeois du moyen âge, qui rêvaient pour leur cité une origine plus éclatante. Ils racontèrent qu'Attila, pendant son séjour à Argentoratum (séjour, hélas! peu pacifique), voulant rompre la barrière qui séparait la Gaule des pays d'outre-Rhin, et rendre les communications libres entre tous les peuples, fit pratiquer dans les murailles de la ville quatre grandes brèches correspondant aux quatre grandes directions qui menaient en Germanie, et que, pour consacrer la mémoire de cet état nouveau, il ordonna qu'Argentoratum s'appellerait désormais Strasbourg, c'est-à-dire, suivant la tradition, la ville des chemins423. De cette époque, Strasbourg datait sa grandeur et son importance comme ville libre. Ce conte, qui flattait l'orgueil alsacien, passa à l'état de croyance générale, non-seulement dans le peuple, mais parmi les savants. La chronique d'Alsace le rapporte très-sérieusement, et jusque dans le dernier siècle la critique historique eut à lutter contre une erreur trop bien accréditée. «Expliquez-moi de grâce, disait Schoepflin, l'érudit et judicieux auteur de l'Alsatia illustrata, comment Attila, qui ne parlait pas allemand, put s'amuser à donner aux villes gauloises des noms allemands!» L'autorité de la tradition servait de réponse. Il existait alors (il existe peut-être encore aujourd'hui) au-dessus de la porte de Strasbourg qui conduit au bourg de la Couronne, et qu'on appelle pour cette raison porte de Kronenburg, un médaillon en pierre renfermant une figure, avec cette inscription autour: Sic oculos, sic ille genas, sic ora ferebat424. Des sigles, gravés au champ du médaillon, paraissent indiquer l'âge du vieux bourgmestre dont on a voulu perpétuer la ressemblance. Qui devinerait que cette image est celle d'Attila? «Le peuple le croit, nous dit Schoepflin, et beaucoup d'érudits l'ont cru425.» Ainsi la chrétienne Strasbourg prenait pour patron le roi des Huns, tandis que non loin de là une autre ville tout aussi chrétienne, Cologne, le maudissait devant les reliques des onze mille vierges. Le nom de cet homme remplissait tout le nord des Gaules, et les contradictions mêmes où les peuples tombaient à son sujet démontraient combien sa grandeur avait laissé de traces parmi eux.